Catégorie : Coups de coeur

  • C’est qui, la « Reine de l’Ouest » ?

    Si vous avez comme moi passé quelques heures dans la section librairie d’un supermarché en attendant que vos darons/daronnes aient fini de remplir leur caddy de rouleaux de sopalin et de petits pois congelés, et ce, vers la fin des années 80, vous avez forcément fini par feuilleter ces objets livresques qui proclamaient fièrement que VOUS en étiez les héros.

    Défis fantastiques, Loup solitaire, Sortilèges, Quêtes du Graal (mon chouchou, avec Pip, Excalibur et le paragraphe 14 !)… Leurs couvertures bigarrées qui ne ressemblaient à aucune autre étaient déjà la promesse d’une aventure que VOUS alliez vivre, armé d’un dé dont les jets allaient dicter le niveau de vos compétences (Endurance, Force, Habilité et Chance pour les plus classiques) et le résultat de combats épiques contre des adversaires aussi divers qu’un sorcier dans une montagne de feu, un farfadet ou un Koatiti. Combats que vous finissiez par remporter systématiquement sans plus vous donner la peine de lancer les dés, parce que le but restait tout de même d’arriver au bout du récit et qu’on n’est pas masos non plus.

    Ce qui est une transition que l’on pourra qualifier à postériori d’habile, vers le sujet de ce post.

    Reine de l’Ouest, par H. Lenoir, est donc un livre dont vous êtes le héros. Plus précisément l’héroïne, et rappelez-vous à cette occasion que les VOUS des opus précédemment cités étaient à 98,9% masculins – bon, ça ne m’a pas dérangée plus que ça, tellement j’avais l’habitude de faire abstraction de ce point. Mais c’est tout de même sacrément rafraîchissant de tomber enfin sur une oeuvre de ce type qui s’adresse (en les vouvoyant) à des femmes1.

    Un livre dont vous êtes l’héroïne, mais sans dé, sans hasard, sans compétences à développer puisqu’ici, on se concentre directement sur l’essentiel sans qu’il ne soit nécessaire de tricher; seul compte le récit que vous allez reconstituer au gré de vos choix concernant les aventures rocambolesques de Miss Jones, « jeune fille de bonne famille, curieuse et large d’esprit », partie à la conquête du Grand Ouest Américain dans les années 1890.

    Rocambolesque: c’est mignon, mais en vérité, pour éviter les fausses routes, appelons une chatte minette; c’est sexy, spicy, épicé, explicite et donne à explorer la carte de la relation à l’autre, quel que soit son genre et le tiroir où il ou elle range ses fantasmes. Et: c’est super bien fait.

    Parce que l’autrice est toujours tendre avec ses personnages, et que le consentement est invariablement la pierre angulaire de chacune de ces relations. C’est la clé pour qu’il n’y ait jamais de malaise et qu’on puisse aller en toute confiance explorer les 22 (22!) fins que propose le roman. Vous le ferez, à n’en pas douter, pour goûter le plus longtemps possible une plume fine et, cerise sur le gâteau, terriblement drôle.

    C’est ce mix détonnant, je crois, qui fait de Reine de l’Ouest un safe place où on a envie de revenir, de la première fin que l’on découvre (moi ça a été avec

    les frères Callaghan. Oui, les deux.)

    à la dernière, quand on sera définitivement devenue copine avec cette amoureuse de la vie qu’est Miss Jones.

    Un dernier point pour préciser que l’objet livre est très bien conçu – la couverture est superbe, la tranche ne bouge pas malgré les nombreuses manipulations et on se retrouve facilement dans les paragraphes grâce à une double numérotation2.

    Merci à H. Lenoir et à Sarbacane pour ce coup de chaud (oui, cette chronique a été rédigée pendant une canicule…) et ce voyage en terrain forcément inconnu qui permet d’explorer, à coup de « et si », la palette de nos désirs inconscients.

    1. Et si tu es un mec, je te recommande fortement de lire, tu vas apprendre des trucs qui pourront te servir… ↩︎
    2. N’oubliez pas de lire la page de remerciements, je l’ai ratée jusqu’à la rédaction de cette chronique, les fins étant par définition dispersées dans le roman… ↩︎

  • C’est quoi, tes livres préférés ?

    Je pense que tout lecteur est ravi de répondre à cette question !

    Je suis pour ma part une lectrice compulsive, je lis tout genre de romans, souvent choisis sur un coup de tête, pour un détail de couv, pour une 4ème qui m’intrigue, parce que le bouquin est dans le top 10 des ventes et que je veux comprendre pourquoi, parce que j’ai échangé deux mots avec l’auteur(e), parce qu’un(e) ami(e) ou un algo m’a dit: hey, je pense que ça te plaira…

    Mon top, pourtant, reste inchangé depuis de nombreuses années, à deux exceptions près.

    • Le guide du routard galactique, Douglas Adams

    Parce que c’est absurdement drôle, follement intelligent et profondément humain. Je suis tombée amoureuse d’Arthur Accroc et de la plume de D. Adams (celle de son traducteur Jean Bonnefoy, plus exactement).

    C’est culte, et pour une bonne raison.

    • Au bonheur des ogres, Daniel Pennac

    Parce que c’est avec ce livre que j’ai découvert qu’on pouvait conjuguer de la littérature de genre avec de la littérature de personnages et un style au service d’une intrigue (et ça vaut pour toute la saga).

    • L’assassin royal, Robin Hobb

    Parce que ça se pose là en terme de construction d’univers de fantasy, avec plusieurs sagas qui s’entrelacent, des personnages pour lesquels on vibre, et des dragons.

    • L’affaire Jane Eyre, Jasper Fforde

    Parce que ça joue avec le lecteur en abattant toutes les barrières, que ça flirte avec le meilleur de la littérature anglaise, que c’est bourré d’idées comme le magnifique puits des histoires perdues, et que ça parle d’amour.

    • Les voies d’Anubis, Tim Powers

    Parce que c’est enfin un roman qui intègre un voyage dans le temps sans s’emmêler les pinceaux, que c’est du pur steampunk, et que ça nous fait rencontrer des poètes romantiques anglais comme Byron, Coleridge ou Shelley.

    • Danse avec les lutins, Catherine Dufour

    Parce que je n’étais jamais passée aussi vite du rire aux larmes, et que c’est ça aussi, la littérature, une interrogation perpétuelle sur la raison de ces choses infligées par et à nous-mêmes qui nous blessent et nous tuent.

    • La vie rêvée des chaussettes orphelines, Marie Vareille

    Parce que c’est un coup de foudre totalement improbable vu ce que je lis d’habitude, que c’est drôle et poignant, et que je me suis complètement fait avoir – mazette, que c’est bon !

    • Et puis il y a aussi…

    … tout T. Pratchett, J. Austen, I. Asimov, PG Wodehouse, A. Christie, JM Erre.

    Hugo et Zola.

    Et Enid Blyton, avec laquelle, comme pour tant d’autres, tout a commencé.

  • C’est quoi, le Temple des nèfles ?

    Si, en tant qu’auteur, vous vous êtes penchés sur les conseils de Paul&Mike pour dénicher un éditeur, vous avez dû tomber sur celui qui vous incite à prendre connaissance du catalogue de la maison convoitée avant de lui confier votre dernier-né – histoire de faire gagner du temps aux deux partis concernés. Au moment de prendre la difficile décision de manière ferme et définitive, je me suis donc intéressée à l’une des publications les plus récentes de P&M afin de jauger si la choucroute était toujours à mon goût, quinze ans après ma précédente lecture émanant de leur sérail. Bien m’en a pris, puisque c’est ainsi que je découvris la prose chaloupée d’Anthia Arsac, avec qui il semblerait que je partage un certain goût pour le calembour, la narration éparpillée façon puzzle ainsi que pas mal de convictions.

    C’est donc tout naturellement que j’ai eu envie de lui proposer une petite place dans ma modeste vitrine afin qu’elle puisse vous parler de son dernier roman – Le temple des nèfles, ainsi qu’un peu d’écriture et d’édition!

    Est-ce que tu peux présenter Le temple des nèfles en quelques mots ?

    Le temple des nèfles est un objet hybride. Il emprunte les codes du polar, une détective, une disparition, une enquête… pour mieux les détourner, basculant à mi-chemin dans le fantastique mâtiné de conte philosophique !

    Je l’ai pensé comme la rencontre, un soir d’ivresse, entre Voltaire, Michael Shur et Madame Irma.

    Quand on sait à quel point le monde éditorial aime les catégories bien définies, on peut dire que sa publication relève d’une forme de miracle – amen, Paul&Mike !

    [NDLR: on ne les priera jamais assez :)]

    D’où t’est venue l’idée de ce roman ?

    J’ai vu une amie très proche, celle qui a inspiré le personnage de Léontin, une femme brillante mais en détresse psychologique, se réfugier dans des croyances aliénantes, des pseudo-thérapies coûteuses. Je me suis sentie impuissante… Les embrigadés ne sont plus perméables à la raison. La question de la croyance m’a toujours intéressée (c’était d’ailleurs l’un des sujets de ma thèse de doctorat), par la place qu’elle prend dans nos vies, notre psyché, et même notre organisation sociale.

    Je ne voulais pas écrire un roman « à thèse », où la réflexion prime sur l’intrigue, mais j’avais envie d’explorer, par la fiction, l’humour, sans jugement, ce qui pousse les gens à acheter des amulettes sacrées made in China, à prêter des pouvoirs aux cailloux, à prier un ou des dieux…

    Combien de temps as-tu mis à l’écrire ?

    À la louche, environ deux ans. J’ai un rapport au temps assez particulier, je ne fais pas attention aux dates, aux anniversaires…

    Est-ce que tu as une façon particulière de travailler ? 

    J’écris lentement, de manière erratique. Sans heures ni jours fixes, dès que je peux, par séances de 3 à 4 heures. Sans quota de mots à atteindre car ça gâcherait mon plaisir, en introduisant une notion de productivité dans un acte qui (pour moi) échappe à cette logique. L’écriture me semble à la fois une digression et une transgression au réel, un acte essentiel et superbement inutile. Bon, je surveille quand même ma progression, car je fais énormément de recherches, je réécris beaucoup, et ça peut devenir frustrant de passer des plombes sur le même chapitre – parfois le même paragraphe !

    Pour Le temple des nèfles, je n’avais pas de plan à proprement parler, plutôt une trame, un fil conducteur que j’ai déroulé… en me laissant parfois surprendre par les personnages ou la tournure des événements ! 

    On m’a qualifiée « d’autrice à tendance schizophrène » : je confirme ce diagnostic.

    Qu’est-ce qui t’a conduit à envoyer ton manuscrit à P&M et à les choisir comme éditeur ?

    Leur catalogue ! J’ai cherché des éditeurs susceptibles d’être intéressés par le manuscrit multigenre d’une illustre inconnue, primo-romancière, créatrice de concepts biscornus. Parmi la longue liste finale (cinq maisons d’édition), P&M me plaisait particulièrement, avec leurs publications focalisées sur le style, l’humour, les formes courtes…

    Comment s’est passé le processus d’édition ?

    Fabien P. a fait un super boulot de relecture, conseils narratifs, corrections… Il a rendu la traque des coquilles amusante (j’vous jure!), et grâce à ses remarques pertinentes la version finale du roman dépote ! C’est une petite maison, donc on met aussi la main à la pâte : la conception de la couverture avec le dessinateur Fabrice Lebeault fut un moment émouvant… 

    Enfin, la rigueur de Fabien M. au niveau du processus de publication lui-même rassurera l’écrivain le plus névrotique. 

    As-tu d’autres projets littéraires pour la suite ?

    Je suis plongée dans la rédaction de mon deuxième roman ! Comme je le disais plus haut, l’écriture m’est devenue essentielle… Je ne conçois plus ma vie sans les affres et les joies d’une prise de tête sur les synonymes de « sentir » ou l’usage du point-virgule. Et pour ce texte, j’ai un plan : pas détaillé, mais je visualise à peu près le déroulement et le dénouement. 

    La fin va vous surprendre !

    Est-ce que tu as des livres coup de cœur à conseiller ?

    Beaucoup trop, donc je vais me contenter des trois premiers qui me viennent à l’esprit, dans le registre « épique » : La maison des feuilles, de Mark Z. Danielewski, La maison dans laquelle, de Mariam Petrosyan, et La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio.

    Concernant La maison dans laquelle: pour moi c’est un texte merveilleux, initiatique au sens propre du mot ! Dans une sorte de pension, d’internat étrange, des enfants et des ados cabossés s’inventent des mondes. Un souffle fabuleux traverse leurs aventures imaginaires ! La multitude de personnages, tous attachants, est maîtrisée à la perfection, et les grands thèmes (l’amitié, la folie, le passage à l’âge adulte) sont abordés sous un angle original, à mon sens très puissant. Une lecture qui m’a laissé une empreinte durable…

    Merci Anthia pour ce partage fort sympathique ! Si vous voulez à votre tour découvrir les mystères insoupçonnables (si si!) de son mystérieux temple, ça se passe par ici: Le temple des nèfles.