Catégorie : La geste

  • Comment s’est passé le premier contact avec ton éditeur ?

    Comment s’est passé le premier contact avec ton éditeur ?

    J’avais déjà eu l’occasion de raconter la genèse de mon aventure éditoriale dans cet article mais avec l’accord de mon interlocuteur chez Paul&Mike, Fabien P., je vous partage, à l’occasion de leur premier anniversaire, les échanges e-pistolaires qui ont conduit à l’édition de La geste improvisée du chevalier Anowan.

    (Ca me semble à la fois hyper loin et super proche, c’est un peu quantique, cette histoire, quand même…)


    Le 2025-06-14 17:53, Kylie Ravera a écrit :

    Bonjour,

    (Ça se fait, un reply sur un mail qui date d’il y a douze ans, en mode « hey, on reprend où on en était restés, d’accord ? » ? On va supposer que oui). Donc ça aura pris tout ce temps :

    • de terminer une saga-fleuve en 7+1+1 tomes, qui vit depuis dix ans sa petite vie en autoédition (« la Tentation de la pseudo-réciproque », si ça peut vous rappeler vaguement quelque chose)
    • de commettre un recueil de nouvelles illustrées (par un vrai dessinateur de talent) également auto-publié
    • de finir par contribuer à l’AGESSA en écrivant 6 nouvelles à caractère mathématico-énigmatique par an pour le magazine Tangente
    • d’imaginer et écrire un nouveau roman, un one-shot celui-là, qui n’a rien à voir avec les choucroutes précédentes.

    C’est ce dernier, vous l’aurez compris, qui m’amène à faire irruption dans votre boîte mail. De quoi s’agit-il, cette fois ? Plusieurs réponses possibles.

    • En moins de dix mots : un roman de fantasy avec un téléphone portable dedans.
    • En un peu plus de dix mots : un roman sur l’écriture d’un roman de fantasy et qui serait aussi un roman de fantasy avec un téléphone portable dedans.
    • En moins cryptique : un roman qui se déguise en roman de fantasy pour aborder des sujets plombants au possible, comme le féminisme, la religion, le capitalisme (avec un point de vue de gôche, si jamais vous aviez des doutes à ce sujet) et ce que signifie l’écriture -non mais vous avez vraiment cru que j’allais spoiler lol-.
    • En mode teasing de ouf (j’ai à présent un ado de 15 ans à la maison, le vocabulaire s’en ressent) : un roman dont le tout dernier chapitre est censé donner envie de tout relire depuis le début en se disant « mais comment ai-je pu ne pas m’en apercevoir plus tôt ! ».

    Dans l’attente (angoissante, il y a des choses qui ne changent pas) de votre retour concernant sa compatibilité avec votre ligne éditoriale,

    Amicalement (malgré tout),

    Erika Valery aka Kylie Ravera

    Voilà, ça c’était mon mail d’intro, en réponse à un message reçu 13 ans plus tôt, par un représentant de Paul&Mike qui disait ceci concernant le premier tome de La tentation de la pseudo-réciproque :

    Bonjour Mademoiselle,

    Nous avons bien reçu votre manuscrit qui a été lu avec une grande attention.

    Après une étude attentive, nous ne pouvons le retenir car celui-ci n’a pas remporté l’adhésion des membres de notre comité de lecture. En effet, nous publions très peu et il nous a semblé que la qualité d’écriture n’était pas au rendez-vous, ajouté au fait que votre humour n’a pas fait l’unanimité. A noter aussi que je ne suis pas sûr que de laisser les notes de révision de vos relectrices soit du meilleur effet.

    Un point positif, nous avons souri à votre courriel de présentation (tout n’est pas perdu). Nous restons cependant ouverts pour la lecture de nouveaux textes que vous voudrez bien soumettre à notre comité de lecture.

    Nous vous prions de croire en l’expression de nos sincères salutations.

    Bon, j’avais failli décéder de honte en constatant que j’avais envoyé la mauvaise version de mon manuscrit (celle avec des notes de correction de ma BL, donc…) et couiné en lisant le commentaire concernant ma qualité d’écriture (l’humour, oui, je sais, c’est pas le truc au monde le mieux partagé…).

    Mais 12 ans plus tard, à l’autre bout du fil, l’interlocuteur chez P&M avait changé et il m’a assez promptement (moins de deux heures plus tard…) répondu ceci:


    Le 2025-06-14 19:19, Fabien Pesty a écrit :

    Bonjour,

    Monsieur ——– ne fait plus partie de P&M depuis de nombreuses années, il a été remplacé par Fabien Pesty (qui n’est pas le Fabien de Jean-Fabien, lequel s’appelle Muller, ce qui n’est pas un nom de gôche, mais c’est une personne charmante tout de même, n’eût été le fait qu’il portât un prénom tartignole).

    Fabien Pesty (pas Muller, vous suivez ?) tient à vous remercier pour votre mail. La pièce jointe n’a pas encore été ouverte, mais vous avez au moins eu le talent de donner envie de le faire sans hésiter ! Ce qui est bien trop rare.

    Merci donc pour ce message. Au pire, si votre manuscrit ne vaut pas un pet de lapin, je suis tout disposé à publier ce mail.

    Je vous donne RDV dans douze ans pour une réponse négative invoquant une sombre histoire de ligne éditoriale, comme s’il y avait une ligne éditoriale chez P&M…

    Cordialement (malgré tout),

    Fabien Pesty aka Esteban Pyef

    Là, je me suis dit qu’il y avait moyen qu’on soit sur la même longueur d’onde…

    Alors j’ai répondu ceci:

    Le 2025-06-15 01:27, Kylie Ravera a écrit :

    Hola Esteban !

    Mes messages aux éditeurs sont réputés pour leur excellence. C’est à l’étape suivante que ça se corse. Quand j’aurai écrit suffisamment de livres et récolté assez de refus pour compiler ces piquants échanges dans un recueil à 92 mains, le Goncourt, j’en suis convaincue, me tendra les bras. (Je le refuserai, bien entendu, la compromission avec des traditions bourgeoises et élitistes, très peu pour moi). (On est de gôche, oui, ou merde ?)  

    Ravie, en tout cas, d’avoir atteint cette étape où seul un clic nous sépare d’une histoire possible entre vous et moi.

    Amicalement (toujours),

    Kylie / Erika

    C’était un peu osé. Vous vous rappelez, mon point sur l’humour pas partagé, tout ça…

    Mais j’ai tout de même eu une réponse dans la foulée.

    Le 2025-06-15 06:34, Fabien Pesty a écrit :

    En voilà une idée, de compiler des lettres de refus, échanges, expériences avec le monde de l’édition, pour en faire un livre qui se voudra être « un véritable pied de nez au microcosme littéraire » (20 minutes) et « une dénonciation acerbe de l’absurdité d’un monde en constante déliquescence » (Télé Z), quoiqu’on lui reprochera probablement « l’absence de toute recette du flan. Un silence suspect, tendant à renforcer l’idée que ce sujet reste un tabou majeur dans les sphères germanopratines… » (Flan Mag) !

    Ce point d’exclamation final est à rapprocher de la première partie de la phrase si l’on veut mieux en appréhender le cynisme car, je vous l’assure, c’est une idée de merde. Sauf dans le cas où vous souhaiteriez que votre aigreur de n’avoir jamais été éditée soit connue du plus grand nombre. Là oui, bingo !

    Reprenez-vous immédiatement, c’est un conseil. 

    Tout ceci étant clairement dit, je vais m’atteler à l’étape suivant le clic préalable à l’ouverture de la pièce jointe : la lecture de celle-ci. 

    Vous n’avez pas intérêt à me décevoir.

    Bastien Pyfe

    On y était. ENFIN. Un éditeur allait se pencher sur mon texte. Je misais sur le fait d’avoir une réponse dans l’année et j’étais partie me balader en vélo quand soudain…

    Le 2025-06-15 11:07, Fabien Pesty a écrit :

    J’ai avancé dans la lecture de votre manuscrit de 398 PUTAINS DE PAGES !!

    Où en êtes-vous de vos recherches d’éditeur pour ce roman ? Les premières pages donnent envie d’aller au bout, c’est incontestable. Pour l’instant je ne vois pas de « mais » à l’horizon, pas même ce truc hypocrite de la ligne éditoriale. J’aimerais le lire d’une traite pour vous donner une réponse rapide, qui semble bien partie pour être positive, mais la période n’est pas propice pour moi au d’une-traite. Sachant que si je le valide, il devra ensuite passer entre les mains du terrible Herr Muller pour décision finale, cela risque de prendre un mois voire plus. 

    Aussi, est-ce que vous pourriez nous faire savoir si jamais il devait trouver preneur chez un autre éditeur plus prestigieux et/ou plus désiré et/ou plus rapide ? Car à moins d’un cataclysme qui rendrait totalement pourries les 380 pages suivant les 20 premières, il a de très fortes chances de trouver une proposition d’édition (à compte d’éditeur).

    Et je suppose que dans votre bibliothèque on doit trouver du Pratchett et du Jaworski ?

    Fabien P.

    A ce moment-là, ma montre connectée a dû croire que j’avais d’un coup décidé de me mettre à courir un marathon, et mon mari que je faisais un AVC. J’étais pas prête, mon coeur non plus. J’ai tout de même réussi à écrire ceci:

    Le 2025-06-15 13:54, Kylie Ravera a écrit :

    Mille poutrelles, je m’étais préparée à attendre douze ans pour avoir ce genre d’échange…

    Pour répondre à votre première question, je suis au niveau 1 de la recherche d’un éditeur. C’est à dire que mon roman n’a encore été lu en entier que par une bêta-lectrice (il croupit également sur la table de chevet de Mr Ravera mais on va dire que ça ne compte pas, il est encore plus éloigné que moi du milieu de l’édition).

    Je ne l’ai envoyé qu’à vous pour le moment – juste une question de feeling, et parce que Paul&Mike est la seule maison à l’origine d’un échange un poil constructif concernant mon projet précédent. 

    Tout autre envoi que je pourrais faire se déroulerait dans le cadre d’un processus standard – et je n’espère pas ne serait-ce qu’un début de commencement de réponse avant des mois (on vient de battre une sorte de record, tous les deux, là, non?)

    Tout ça pour dire que je n’ai aucun moyen de pression pour vous presser davantage concernant l’obtention d’une réponse définitive. 

    J’ai commencé à repérer quelques maisons d’édition qui pourraient accompagner mon roman et je suis en train de lire les petites lignes sur les contraintes de formatage des manuscrits à leur envoyer. Leur prestige m’importe moins que leur capacité à défendre une histoire, et que le lien que je pourrai tisser avec mes interlocuteurs (naïveté ou réalisme, on verra).

    Donc advienne que pourra!

    Erika V.

    PS. Vous avez raison pour Pratchett, à moitié pour Jaworski (qui est bien dans ma bib mais du côté de la pile à lire pour le moment)

    PPS. Si vous m’obtenez une adaptation en série animée par le studio Fortiche sur Netflix, je signe tout de suite

    Après ça, Monsieur Pesty m’a mis le nez dedans, comme on dit dans le jargon, en m’envoyant la liste des répétitions à traquer dans le texte (ça m’a valu une nuit blanche et la certitude que j’écrivais comme un pied bot) et des retours précieux, comme:

    Le manuscrit est trop long, et c’est pas un problème de pages. Trop de temps morts, un déséquilibre flagrant entre les parties « Anowan » et les parties Erik. Du 50/50 au tout début, puis Erik (enfin, ses narrations) finit par devenir presque anecdotique. Encore une fois, à voir ce que ça donne jusqu’au bout, mais pour l’instant j’ai une sensation de promesse non tenue. 

    Et puis il y a eu cette phrase:

    Quel que soit l’avenir du manuscrit chez P&M, j’aime beaucoup ce que je lis, j’apprécie nos échanges, et j’essaierai d’être le plus utile possible pour que ce manuscrit v95.docx devienne un livre édité à compte d’éditeur.

    J’ai botté en touche en parlant de météo (souvenez-vous, à l’époque, la canicule commençait à 30° seulement ) mais… pour la première fois, après des années de syndrome de l’imposteur solidement ancré suite à de multiples refus de mes textes par l’ensemble du corps éditorial, je me suis dit qu’il y avait une chance pour que, peut-être…

    Et finalement, le verdict est tombé le 8 juillet 2025 à 14h07 (c’était un mardi).

    Donc le bilan de cette lecture, puisque tu l’attends avec impatience.

    On ne publiera pas ce manuscrit. On publiera sa version allégée.

    Allégée en nombre de pages, pour des raisons bassement matérielles : 830000 signes, on approche du pavé, et seules les grosses maisons d’édition peuvent se le permettre. Parce que 830000 signes, ça donne un bouquin de près de 600 pages et que pour un premier roman, édité chez un éditeur pas trop connu, c’est trop pour les libraires et les journalistes (parlons plutôt d’instagrammeurs aujourd’hui).

    Pour des raisons moins terre à terre, parce qu’il y a beaucoup de “temps morts”. Tu l’as dit toi-même dans ton mail d’accompagnement, c’est un roman dont la fin donne envie de tout relire depuis le début sous un éclairage nouveau. Mais personne ne le fera, car d’une part il faut arriver à la fin, et d’autre part on ne justifie pas 380 pages par les cinq dernières. Ce n’est pas le cas, hein ! Je veux juste dire que ces temps morts que je développerai plus loin, ils ne deviennent pas vivants une fois qu’on est arrivé à la fin. 

    Tu as un talent de fou, c’est incontestable. Une écriture précise et efficace, on sent le travail et le retravail derrière tout ça. Tu racontes une histoire qui tient vraiment la route, avec en plus ———————-. Je l’avais dit ce WE, et je le maintiens : tu dois être publiée, et à compte d’éditeur, et ce serait une vraie fierté pour nous que ce soit chez P&M. Tu as écrit un vrai roman. Mais il est n’est pas publiable en l’espèce parce qu’il va se prendre des claques.

    Qu’est-ce que j’ai pu gamberger sur ce retour… Mais c’est finalement lui qui est à l’origine de la confiance que j’ai eue en un éditeur qui était prêt non pas simplement à corriger mes fautes d’accord et à pointer mes répétitions, mais aussi à m’accompagner vers l’éclosion de la meilleure version de mon manuscrit, expurgé de ces « temps morts qui ne redeviennent jamais vivants » – dût-il être découpé en deux tomes.

    Le 19 septembre, soit 3 mois après mon premier mail, je signais le fameux contrat avec Paul&Mike.

    Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, peut-être une guerre thermonucléaire totale, mais je suis infiniment reconnaissante à la vie (et à Fabien Pesty) de m’avoir permis de tenir en main une version aboutie du tome I de La geste – le tome II étant en train de se faire secouer avec la même sévérité pour être présent dans les bacs à la fin de l’année.

    (Et si ces quelques extraits de la prose de Fabien vous ont donné envie d’en consommer davantage, je vous recommande avec conviction son dernier recueil de nouvelles, Discordance des temps).

  • Qu’est-ce que ça fait d’être exposant à son premier salon littéraire ?

    Ça fait rencontrer des gens.

    J’étais ce dimanche 31 mai, lendemain de la victoire du PSG sur Arsenal en ligue des champions (aucun rapport avec ce qui va suivre, rassurez-vous, je pose ça là comme une balise temporelle) au Salon du livre de Montargis, pour ma première séance de dédicace en salon.

    Et, donc, j’ai rencontré des gens.

    Des lecteurs qui ne sont au départ que potentiels, et dont on essaye d’abord de capter le regard quand ils s’aventurent à proximité de votre stand, avec un bonjour délivré sur un ton capable de les faire lever les yeux, et, peut-être, d’initier un échange de sourire avec eux.

    Ensuite, une question d’accroche est nécessaire, celle qui permettra de jauger si ce premier sourire peut mener à une discussion à propos du livre – c’est là que tout se joue.

    Il faut comprendre en quelques secondes à qui on a affaire: un timide, une curieuse, un qui-passait-par-là-mais-ne-lit-pas, une qui-passait-par-là-mais-ne-lit-pas-de-fantasy-dommage, un qui veut parler de lui, une qui veut parler de ce qu’elle écrit, un amateur exclusif d’essais sur l’art gothique ou une fan venue juste pour vous afin de décrocher une dédicace qu’elle chérira toute sa vie comme son bien le plus précieux (ce dernier cas, me concernant, ne s’étant pas encore produit). Et à partir de là, on adapte le pitch : roman de fantasy, mais pas vraiment, avec de l’aventure et des complots, du métatextuel qui conviendra très bien à une prof de français, des bouts de JDR pour adepte de D&D, des morceaux de romance, ça a plu à ma belle-mère, ma lectrice la plus âgée a quatre-vingt-cinq ans, c’est lisible à partir de quinze.

    Alors même si j’ai sans doute gagné des points de compétence en analyse psychologique de mon prochain, ce n’est pas une science exacte – j’ai plus d’une fois raté ma cible. Mais c’est en pitchant qu’on devient pitcheur, et pour peu qu’on aime échanger avec des gens, c’est un exercice qui s’avère très plaisant.

    Evidemment, « l’expérience-salon » est très différente pour ces auteurs/autrices à la fanbase bien établie – qui doivent surtout gérer les compliments.

    Ainsi, à ma droite, il y avait Georgia Caldera, autrice spécialisée en new romance, dont le stand n’a quasiment pas désempli, et qui m’a permis d’être témoin de véritables déclarations d’amour de la part de lectrices (le féminin ici est réellement illustratif) que le genre a ancré dans la lecture.

    À ma gauche, encore une autrice au lectorat solide, Laurie Heyme, et une très sympathique rencontre de ce salon – j’ai beaucoup appris en l’écoutant et en observant sa façon d’aller vers les autres, d’engager intelligemment la conversation, de répondre avec chaleur et de prendre l’émotion qui lui était offerte en retour.

    Un peu plus loin, il y avait H. Lenoir, Reine de l’Ouest mais pas seulement, j’espère avoir réussi à noter dans un coin de ma tête tous ses conseils – j’ai eu l’impression à un moment que la moitié des visiteurs du salon se baladaient avec un de ses livres à la main. (Je kiffe son t-shirt, on aura l’occasion d’en reparler ^^).

    Après une quinzaine de pitchs, je suis repartie avec cinq exemplaires de La geste en moins et l’espoir qu’ils seront lus, puis qu’ils donneront envie à leurs lecteurs d’en offrir à tous leurs potes avant d’enchainer en décembre sur le tome 2!       

    (Quelques photos illustratives pour terminer.)

    Et en bonus: une nouvelle qui aurait pu être inspirée par cette expérience si elle n’avait pas été écrite avant ^_^: Un pas plus loin.

  • C’est qui, ton public cible avec La geste improvisée du chevalier Anowan ?

    Tout comme les shampoings pour cheveux secs, rêches et rebelles, le livre est un produit dont il est important d’identifier les user persona. Ce concept marketing dûment éprouvé permet de dresser le portrait-type du consommateur idéal, celui qui aura le plus de chances de se montrer satisfait du produit, au point d’en devenir l’ambassadeur capable d’en faire la promotion auprès de ses pairs – pour la plus grande joie du producteur n’ayant plus qu’à croiser les bras en attendant la pluie de commandes qui lui permettra in fine de se payer une retraite dorée aux Seychelles.

    Car tout comme les possesseurs de cheveux gras, collants et lisses risquent de se montrer déçus par l’application d’un shampoing pour cheveux secs, rêches et rebelles, un lecteur mal aiguillé sur un roman risque d’en faire une mauvaise publicité, et ce faisant, d’en détourner d’autres à qui il aurait pu plaire, si jamais sa critique n’a pas le bon goût d’être un peu argumentée (exemple non exhaustif à titre d’illustration: « C’est nul »).

    Pour éviter un tel désagrément, et avec le recul que permettent les sept semaines qui se sont écoulées depuis le lancement de La geste, voici ce qu’une étude approfondie usant du protocole Allalouche d’Apeupré sur Echantillon Pas Représentatif nous permet de déduire concernant les lecteurs cibles du roman.

    • Amateur de fantasy… mais pas que

    Sans doute parce que c’est de la fantasy… mais pas que. Il faut réussir à ne pas se laisser sortir de la lecture de la trame principale par ces interruptions qui commentent, disgressent, dissertent sur le pourquoi du comment – un peu à la façon d’un Princess Bride. Mais pour apprécier, il est tout de même préférable d’avoir une petite connaissance des poncifs du genre, qu’on y adhère ou pas d’ailleurs.

    • Grenouilleur dans le milieu du livre

    Le roman compte déjà une bonne proportion de lecteurs qui arborent une casquette d’auteur, de libraire, de bibliothécaire ou d’éditeur (y compris ceux qui ont refusé de le publier dans leur maison, ça n’empêche pas d’apprécier, la « ligne éditoriale » n’est pas qu’un prétexte pour dire qu’on n’a pas aimé…). Sans doute parce qu’ils se rendent compte que le livre parle aussi d’eux et qu’ils en sont d’une certaine façon les héros cachés.

    • Amateur de pop culture avec des morceaux de geek dedans

    Oui il y a des refs. On peut ne pas les chopper, il se trouve que moi-même je ne les avais pas toutes, mais ça fait plaisir quand on les attrape – comme avec les Pokémons.

    • Lecteur de La tentation de la pseudo-réciproque

    A priori, vous n’êtes pas perdus malgré le changement d’univers, mon staïle chargé en propositions conjonctives et en adverbes en -ment ne vous fait toujours pas fuir. Si je pouvais remettre la main sur ce lectorat accumulé pendant 15 ans et qui a déserté (pour d’excellentes raisons) les réseaux sociaux où nous étions en relation, j’imagine que mon éditeur s’en montrerait ravi.

    • Membre francophone de ma famille

    Merci à vous.


    Si on cherche à recouper tous ces critères et à évaluer le cardinal de l’ensemble obtenu, on arrive au chiffre de 0 (ou de 1 en me comptant, j’appartiens à mon public-cible \o/). Mais ce n’est pas bien grave puisqu’il suffit de cocher l’une des cases pour être admis au club.

    Et si vous n’en cochez aucune, je compte sur vous pour démontrer à la face du monde en lisant et en appréciant mon roman que ces histoires de user persona, c’est rien que des conneries de marketeux de mes deux reins.

    Les livres ne sont pas des shampoings.

  • C’était comment, cette soirée de lancement de La geste ?

    C’était bien. C’était plus que bien. C’était un vrai cadeau. Parce qu’il y avait littéralement cinq décennies de ma vie rassemblées dans La librairie des femmes en ce soir de 19 mars, et que ça ne doit pas arriver si souvent, à part pour des funérailles, donc on peut dire que j’ai eu une chance incroyable de connaître ça de mon vivant \o/.

    Il y avait Anthia, tout d’abord, qui m’accueillait dans « sa » libraire. Elle avait préparé une bio, une interview avec des vraies questions pertinentes dedans, une lecture d’extrait délivrée avec maestria et la bonne prononciation d’Eindhomein, et aussi des carottes au houmous et des madeleines. Elle a été pour beaucoup dans la réduction de l’état de stress inhérent à une première, grâce à elle, j’étais à l’aise, autant que Blaise, et vraiment prête à savourer ce moment. On a évoqué Arcane, les chansons de geste, Jasper Fforde, Terry Pratchett et Catherine Dufour, autant dire qu’on était en bonne compagnie!

    Il y avait aussi Paul, ou Mike, ou Fabrice, pardon, Fabien, l’Editeur, qui avait amené une quiche et du vin, et le lot qu’il fallait de blagounettes délivrées avec le ton pince-sans rire qui est la marque de fabrique de Paul&Mike. J’en ai profité pour lui soutirer des infos intéressantes, comme la validation de la couv’ du tome 2 et le fait qu’une version traduite en anglais de la Geste serait envisageable à partir d’un x1000 sur le nombre de ventes.

    Il y avait Huguette et sa copine Annie, pétillante lectrice octogénaire des 7+1+1 tomes de La tentation qui était venue goûter à ma nouvelle mixture, j’espère qu’elle la trouvera à son goût.

    Il y avait mes parents. Toujours là dans les moments importants, et la fierté que j’ai vue dans leurs yeux m’a rendue fière comme rarement.

    Il y avait Hélène, copine de 3ème à l’origine d’une grande partie de mon œuvre littéraire, puisque je n’aurais sans doute pas eu le même parcours scolaire qui ma inspiré La tentation si elle ne m’avait pas poussée à m’inscrire à Louis-le-Grand – où elle, finalement, n’est jamais venue ^^’.

    Il y avait Florence, mon archiviste personnelle qui a pris le relais des amitiés à LLG, qui m’a fait découvrir la Grèce et qui est à l’origine de mes premiers textes dans le « ton » qui est devenu le mien, parce qu’il fallait l’écrire, cette lettre à Jérémy, hein ?

    Il y avait Julie, compagne d’écriture de longue date, l’autrice non publiée parce qu’elle ne cherche pas (encore ?) à l’être dont j’ai lu, je pense, le plus d’œuvres distinctes. Elle comprend qu’on peut à la fois éprouver de l’empathie pour ses personnages et laisser des choses pas très cool leur arriver, parce qu’on n’invente pas les histoires, on les découvre, pas vrai ?

    Il y avait Véronique, vraie visite surprise, lectrice de La tentation, qui m’a fait réaliser que dans Erika Valery, il y avait un jeu de mot aussi oO. Elle doit faire partie de ces gens qui découvrent dans ce que j’écris des choses que j’ignore y avoir mises alors qu’elles sont là depuis le début. Merci pour cette première chronique sur Babelio !

    Il y avait des inconnus de moi venus par curiosité et parce que Fabien avait apporté de la quiche et du vin, j’espère qu’ils ont passé un bon moment 😀 !

    Et il y avait ceux qui n’étaient pas là, mais un peu quand même. Stéphanie, Otto, Fabien P, Marianne, Sanrankune, M. Ravera parce qu’il faut bien quelqu’un pour garder les gosses à la maison.

    Je sais que c’est le bazar un peu partout, que l’avenir est incertain, qu’il n’y a pas beaucoup de raisons de se réjouir, alors quand un truc aussi chouette vous arrive, vous avez juste envie de prendre toute cette gentillesse et de vous lover dedans comme dans un cocon.

    Il parait qu’aujourd’hui, c’est la journée du bonheur.

    Ca tombe bien.

  • « La geste improvisée du chevalier Anowan » – Un point d’étape ?

    Dix mois se sont écoulés depuis la pose du point final, et j’ai vécu pendant ce laps de temps à la fois très court et très long, une succession de moments plus « déclencheurs de shoots de dopamine » les uns que les autres :

    • Le premier retour de bêta-lecture
    • La première réponse d’un éditeur
    • Autre réponse d’éditeur (négative mais qui fait bien plaisir quand même ^^)
    • La signature du contrat
    • La fin des corrections éditoriales
    • La finalisation de la couv’
    • Les pré-commandes
    • La réception des premiers exemplaires imprimés
    • Le placement en librairie
    • La joie des lecteurs qui reçoivent leur exemplaire dédicacé et le promènent dans différents endroits du globe
    • Le tout premier « vrai » retour sur le produit fini…
    Screenshot

    L’histoire ne s’arrête pas là, évidemment – il y a déjà la soirée « chips-cacahuètes » du 19 mars à Paris où je devrais retrouver rassemblées 4 décennies de contacts oO (avec lecture publique au menu ^^’).

    Il y a la suite – ce tome 2 déjà écrit qui attend ses corrections éditoriales et qui sera dans les bacs à la fin de l’année.

    Il y a ce recueil de nouvelles collectif programmé pour être publié sous forme de revue chez P&M en février 2027, qui accueillera ma contribution et peut-être la vôtre si vous participez à ce concours ?

    Et puis il y aura bien sûr ce que VOUS voudrez bien partager avec moi de votre lecture de La geste, de votre ressenti, de vos interrogations… Chaque critique, chaque chronique, sur n’importe quelle plateforme, rend plus tangible l’existence de ce livre et l’inscrit un peu plus dans la durée – surtout dans une époque où tout est volatile, s’oublie et disparaît…

    Je découvre aussi ce que signifie la promotion sur les RS en 2026, beaucoup moins innocente qu’il y a dix ou quinze ans (tout se passait à l’époque sur Facebook et Twitter, souvenez-vous!) Le bookstagram d’Instagram a ses propres codes et ses algos, on peut s’amuser à les décortiquer pour tâcher de les dompter et gagner en visibilité, cela peut-être amusant, mais ça peut aussi manger beaucoup de temps et d’énergie. Et générer de la frustration.

    Vive les blogs qui permettent de rédiger des articles de six pieds de long ! Et au moins, vous savez toujours où me trouver 😉

  • Comment as-tu trouvé du temps pour écrire ton roman ?

    Ha ha ha ha.

    (Dixit, d’une voix plus fluette que son physique tout en cornes, en griffes et en queue fourchue ne le laisserait supposer, le diable avec qui j’ai passé un pacte – je suis éternellement damnée.)

    En vrai, le diablotin en question m’a avoué qu’il avait zéro pouvoir en la matière, mais je suis toute disposée à partager mes secrets de fabrication avec vous.

    Quelques heures avant que ne se produise le déclic, j’aurais pu jurer que l’écriture n’était plus compatible avec mon job, ma famille, mes enfants, les heures de sommeil nécessaires au bon fonctionnement de mes organes vitaux et le processing quotidien de l’information comme quoi l’humanité trouve chaque jour de nouvelles façons de courir un peu plus vite vers sa putréfaction.

    Le déclic ayant eu lieu (vous avez vu mon post sur la série Arcane ?), répondre à l’injonction de dénicher 3 à 4 heures dans une journée pour écrire est devenu un objectif primordial.

    Voici donc mes trucs et astuces en mode « gourou du bien-être quand on veut écrire un livre » (mais qui, si on ne fait pas attention, pourraient bien faire fuir l’être aimé).

    I. Changer de job

    Quand on bosse dans le même domaine et dans la même boîte pendant trop longtemps, il y a une accumulation de « trucs à faire » et de « trucs auxquels penser » qui s’empilent dans notre tête et l’empêchent de se concentrer sur autre chose, même quand on sort de notre bulle professionnelle, et y compris de manière inconsciente. Faire le test du « à quoi je pense pendant que je prends ma douche » est une bonne manière de se rendre compte d’à quel point on est atteints.

    J’ai donc décider de faire un reset en cherchant à changer de boulot. Et la démarche a suffi à envoyer un message à mon cerveau pour qu’il se rende compte que réfléchir à comment optimiser le rendement d’un serveur de streaming multiformats à haut-débit pendant qu’on se shampooine ce n’est pas ce qui va nous rendre le plus heureux.

    La démarche a abouti après la rédaction du roman, comme quoi, c’était vraiment dans ma tête.

    Postive side effects : j’ai changé de boulot.

    II. Organiser la confection des repas

    Même si M. Valery-Ravera s’occupe de la gestion d’un nombre conséquents de tâches liées à la bonne marche du foyer, il y a tout de même un minimum à faire de mon côté – et s’assurer qu’on ne se nourrit pas de conserves et de surgelés pendant toute la semaine fait partie de mon mandat.

    La solution que j’ai trouvée, digne des plus pointus des influenceurs des temps modernes, s’appelle : le batch cooking.

    Aka je me bloque trois heures chaque week-end pour pré-préparer un max de plats: découper des légumes, assembler des sauces, précuire ce qui peut l’être et parce qu’il faut être pragmatique, élaborer un menu hebdo qui incorpore aussi un ou deux repas ne demandant pas beaucoup plus que de faire cuire des pâtes. Grâce à ça, les repas du soir sont pris dans les temps et on s’accapare quelques précieuses minutes de rab.

    Positive side effects : on mange plus équilibré et on gaspille moins.

    III. Offrir pour Noël un jeu vidéo en split-screen à son mari et à son fils

    Baldur’s gate III est devenu mon nouveau jeu préféré même si je n’y ait jamais joué. Je me suis offert des soirées entières de tranquillité avec zéro culpabilité.

    Positive side effects : resserrage des liens entre le papa et le fiston (malgré les engueulades sur qui a le droit de looter tel ou tel coffre).

    IV. Arrêter de se lamenter sur l’état du monde

    Et commencer pour cela à stopper cet afflux d’informations anxiogènes et désespérantes qui nous envahissent et nous pourrissent le cerveau. Quand ce trop-plein d’infos conduit à inciter à se replier sur soi-même et à noircir l’image qu’on a de son prochain, une prise de recul est salutaire et permet de rediriger son énergie vers quelque chose de plus productif.

    Positive side effects : je reste dans l’idée d’aller voter à chaque élection.

    V. Faire des choix concernant les activités annexes

    Vous pensiez réellement qu’il était possible de s’en tirer gratuitement sans toucher à ses loisirs ?

    Que nenni.

    Moins de binge watching de séries (de toute façon, je suis arrivée à l’âge où je m’endors devant), moins de lecture, moins de soirées jeux de plateau, moins de temps passé à aligner des bonbons sur son smartphone. Le bilan de production d’endorphines reste largement positif.

    Positive side effects : tout a un meilleur goût quand on s’y remet après une période d’abstinence.

    VI. Halte à la procrastination

    Mon dieu que ce post est en train de devenir sérieux…

    Mais c’est une réalité : avoir un objectif précis auquel on tient oblige à s’organiser pour se vider la tête le plus rapidement possible afin de pouvoir la remplir de nouveau avec quelque chose qui a plus de valeur. Et rien de mieux pour cela que d’exécuter une tâche aussitôt qu’elle nous tombe dessus.

    Positive side effect : je n’ai jamais été aussi efficace dans ma vie que depuis que j’ai recommencé à écrire.


    Voilà tout ce que j’ai mis en œuvre pour que voient le jour les deux tomes des Gestes malhabiles du chevalier Anowan – 150k mots, 800k caractères rédigés en grande majorité entre novembre 2024 et mai 2025 et un peu chaque jour entre 21h et 1h du matin.

    Il faut reconnaître que ça n’a pas été facile tous les jours pour mon entourage et je suis extrêmement reconnaissante à Mr, Jr et Jrette de s’être adaptés à la situation. C’est une chance et un privilège de vivre dans un environnement compatible avec une passion aussi prenante.

    Big up à eux.


    Parution officielle le 2 mars 2026.

    En précommande ici: La geste improvisée du chevalier Anowan – préco

  • Ca parle de quoi, La geste improvisée du chevalier Anowan ? (Part III – la musique)

    Bon, j’avoue, il y a une petite entourloupe, LGICA ne parle pas vraiment de musique, même si la notion de geste (au féminin, vous avez noté ? non, ce n’est pas une faute qui serait passée au travers des 92 relectures subies par le texte) ramène bien au chant épique.

    Mais je voulais plutôt dans cet article évoquer l’influence de la musique sur l’écriture de mon roman. Et hop, ni vu ni connu, on va parler de processus créatif.

    Je suis une écrivaine du calme et du silence (et ce de plus en plus, l’âge venant). Pour que le flow s’installe, j’ai besoin de ne pas avoir de distra… oh ! une notif Whatsapp ! Bref, vous m’avez comprise. Et donc, je n’aime pas, d’ailleurs je ne peux pas, écrire en écoutant de la musique.

    En revanche: écouter de la musique quand je n’écris pas participe à plein au mécanisme de construction de mes histoires. LGICA en particulier a bénéficié de ces moments où quelques notes de musique et quelques paroles glanées par-ci par-là ont créé des images voire ont été à l’origine d’épisodes clés.

    Au moment où j’écris cet article, vous êtes à peu près 6,37 à avoir lu le roman, donc je ne vais pas entrer dans l’analyse détaillée du lien entre chacune des chansons qui va suivre et un chapitre précis du livre (je suis un poil moins nerdy qu’à l’époque de l’écriture de La tentation, vous noterez), y compris avec des grosses balises spoil, mais je vous laisserai le découvrir par vous-mêmes – après lecture 😉

    Toutes ces chansons ont en tout cas tourné en boucle pendant l’orchestration de mon récit (ma maisonnée en mode boule Quiès en est témoin) et je ne peux les entendre sans que des images mettant en scène mes personnages ne se déploient devant mes yeux (dessinées par le studio Fortiche, les images, si vous avez bien suivi, autant dire que ça déboîte).

    Si cette playlist hétéroclite au possible vous parle, il se pourrait que ce soit le cas aussi pour La geste improvisée du chevalier Anowan. (Mais on ne va pas se mentir, peut-être pas).

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  • Ca parle de quoi, La geste improvisée du chevalier Anowan ? (Part II – la fantasy)

    Je suis entrée en fantasy par la grande porte du Seigneur des Anneaux. 3 gros tomes empruntés à la bibliothèque municipale d’Antony quand j’avais 16 ans et qui m’ont nourrie pendant que je me remettais d’une quadruple extraction de dents de sagesse (en mode hamster). J’ai vu les paysages de la Terre du Milieu défiler beaucoup plus vite que les pages, j’ai vécu les péripéties avec les personnages, découvert le bestiaire fantastique qui fait encore référence aujourd’hui et j’ai terminé la trilogie en ayant l’impression d’avoir fait partie de la Compagnie de l’anneau.

    Quelques années plus tard, j’ai lu la série de l’Assassin Royal, avec une vision beaucoup plus intimiste et un monde d’une richesse extraordinaire qui était parvenu à inventer quelque chose de complètement nouveau. Le lien de Fitz avec son loup m’a durablement marquée, le personnage du Fou a été une révélation et toute la série des Aventuriers de la mer avec Althéa aux commandes, une prolongation parfaite de cette immersion.

    Après, j’ai fait les choses dans le désordre, puisque j’ai découvert la fantasy complètement barrée de Catherine Dufour avec ses Dieux qui buvaient avant de tomber en amour devant Pratchett et son Disque-monde.

    Là, c’est vraiment l’écriture pleine d’humour, de jeux de mots et de trouvailles malines qui m’ont fait pousser des petits cris d’enthousiasme, et j’ai vu de nouvelles façons de faire du world building en s’appuyant sur des concepts existants, quitte à les détourner, voire les dynamiter. Dans le cas de C. Dufour, en profiter au passage pour glisser un message politique a été un ajout apprécié.

    Plus récemment, j’ai expérimenté la cozy fantasy toute douce avec Légendes et Lattes, même si on y était déjà un peu avec Pratchett. J’adore franchement le pitch : une guerrière orc qui se range des combats pour… ouvrir un café – dans un petit village peuplé de créatures telles que des ratkins, des elfes ou des succubes. C’est à lire au coin du feu avec un plaid sur les genoux, un chocolat chaud dans une main et un chat qui ronronne à ses pieds.

    Une dernière lecture de fantasy récente : L’ensorceleur des choses menues, de Régis Goddyn, moins délicate que ce que son nom laisse entendre, et qui m’a sortie de ma zone de confort en adoptant le point de vue d’un héros pas commun – un vieil ensorceleur aux petits pouvoirs qui se lance dans une quête aux côtés d’une jeune femme à la recherche de son amour perdu. C’est plein de surprises, avec une réappropriation de thèmes que l’on retrouve classiquement dans les romans « avec de la magie dedans ».


    Qu’est-ce que La geste improvisée du chevalier Anowan emprunte à des références aussi différentes ?

    Vous vous doutiez bien que vous n’obtiendriez pas de réponse ici 🙂

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  • Ca parle de quoi, La geste improvisée du chevalier Anowan ? (Part 1 – Arcane)

    Tss tss. Vous ne m’aurez pas comme ça. Je ne suis pas du genre à aller afficher les tropes de mon livre et à poster des extraits en mode teaser sur les RS. Sans doute parce qu’au mépris de toute stratégie marketing efficace (que Paul et Mike me pardonnent), je n’aime rien moins tant que de découvrir une oeuvre de manière « fortuite », et entrer dedans sans la moindre idée d’à quoi m’attendre.

    Mais j’ai quand même envie de vous parler de la Geste par la bande – et j’ai choisi de le faire à travers d’autres oeuvres qui m’ont influencée.

    Les plus perspicaces d’entre vous auront repéré le Part 1 qui accompagne le titre de cet article, ce qui laisse présager d’épisodes suivants – c’est parce que je me rends compte que j’ai plein de choses à raconter sur le sujet 🙂


    Commençons par l’oeuvre sans qui rien de tout cela ne serait arrivé. J’aurais pu intituler ce post: Que s’est-il passé en novembre 2024 ? tellement ce moment a été charnière dans ma vie (comme vous le verrez, je n’exagère même pas !)

    A cette époque, donc, je pensais être définitivement rangée de l’écriture. J’avais un début de roman qui stagnait à 5000 mots depuis… 2015, mon fameux projet de « roman de fantasy avec un téléphone portable dedans ». Il s’était pour moi enfoncé dans le puits des histoires perdues, même si j’avais une structure en tête et une fin vers laquelle je voulais tendre. Mais l’envie de le mener au bout avait disparu, sans que je ne comprenne réellement pourquoi. Et puis l’état du monde, le boulot, les gosses, étaient de bons arguments pour ne pas sortir de cette léthargie somme toute confortable bien qu’insatisfaisante.

    En parlant des gosses… Cela faisait un an que mon aîné, 15 ans au compteur, me tannait pour que je regarde avec lui sa série préférée: Arcane. Au moment de la sortie de la première saison sur Netflix, il l’avait littéralement dévorée et écoutait la bande-son en boucle (qu’est-ce que j’ai pu détester Imagine Dragons !).

    Pour ma part, j’avais regardé le premier épisode avec lui, trouvé l’animation originale et sympa, mais l’histoire m’avait semblé très classique et j’avais été globalement déçue. Je m’étais endormie pendant le visionnage du deuxième épisode (je souligne que juniorette ne faisait toujours pas ses nuits…) et je n’avais rien compris au troisième – j’avais décidé d’en rester là.

    Novembre 2024: sortie de la deuxième saison. Junior veut revoir la première histoire de se remettre le scénario en tête avant d’attaquer les épisodes inédits, et cette fois je l’accompagne en mode « plus réveillée ». Je ne m’endors plus pendant le deuxième épisode, je comprends le troisième… et je commence à me rendre compte que ce n’est pas du tout la narration classique à laquelle je m’attendais. Je trouve ça même carrément bon, avec un final qui, cette fois, me laisse agréablement surprise.

    A la fin du quatrième épisode, je réalise enfin que les trois premiers sont en réalité une longue introduction et que l’histoire commence réellement ici. Et je me prends une claque monumentale : l’animation est époustouflante, l’univers bien planté, les enjeux complexes, et les personnages d’une profondeur insoupçonnée. Pas de manichéisme, plein de dilemmes, et des arcs multiples qui donnent envie de savoir comment tout cela va évoluer (et side effect, Imagine Dragon ne me donne plus du tout de boutons ! Toute la bande-son devient canon quand elle s’avère capable de vous faire défiler des scènes épiques dans la tête).

    Episode cinq: et c’est le flash.

    Le même type d’épiphanie qui m’a fait écrire une saga en 9 tomes pendant 10 ans après une balade dans la forêt de Brno (pour ceux qui se souviennent de la genèse de la Tentation !). J’ai compris un truc clé sur mon personnage, reconnu ce qui lui manquait pour avoir une raison d’avancer vers le but que je lui avais fixé.

    J’ai réouvert mon fichier word dans la foulée et les mots ont recommencé à couler, au service de scènes que je visualisais à présent comme si elles avaient été dessinées par les incroyables frenchies du studio Fortiche (et je vous assure, ça tabasse !)

    Nous avons terminé le visionnage de toute la première saison et heureusement pour ma santé mentale, pu enchainer sur la deuxième (honnêtement, je ne sais pas comment il est possible de survivre au cliffhanger du dernier épisode de la saison I. Je comprends l’obsession du fiston).

    J’ai continué à apprendre des choses sur mon personnage, sur son caractère, ses réactions, en observant comment son alter-ego dans la série évoluait. Et cette période a été incroyablement stimulante, entre l’attente des nouveaux épisodes distillés trois par trois et dévorés dans la foulée, et l’écriture de mon roman.

    [Pour l’anecdote, c’est aussi le retour de cette envie d’écrire qui m’a fait lever le nez du guidon et réaliser que j’avais besoin de temps de cerveau disponible pour aller au bout de ce projet, ce qui ne pouvait se faire sans changer de boulot. Après 15 ans dans la même boîte, c’était un pari… qui a été remporté. Ce qui m’a permis de me retrouver dans les conditions idéales pour finir mon premier jet – plus de pensées parasites le soir en rentrant du taf.]

    La série Arcane n’est pas parfaite. Mais on peut l’aimer à la fois pour ou malgré ses défauts – ce qui est, finalement, assez en phase avec son propos. En plus d’être un monument de l’animation, elle est un modèle de narration à plus d’un titre :

    • le « show, don’t tell » : pas besoin de faire défiler un descriptif du monde et des enjeux qui le traversent au début de la série, tout se révèle au fur et à mesure en suivant les personnages et en découvrant leurs réactions et leurs interactions. C’est un peu plus exigeant parce que le travail n’est pas prémâché et qu’on peut passer à côté si on n’est pas attentif (cf moi dans ma période burnout post partum) mais c’est teeeeeellement plus satisfaisant ! Et immersif. (Le défi était de taille, la série étant basée sur le lore du jeu vidéo Leagues of Legends qui avait une existence à part entière – je n’y ai jamais joué et ça ne m’a en rien empêchée d’apprécier, rien que pour ce tour de force, bravo!)
    • le traitement des personnages : c’est si bien fait qu’ils prennent une existence propre, leur évolution est fidèle à leur caractère et à leur histoire, ils ne sont pas figés ni contraints par des stéréotypes de genre, et c’est pour ça qu’on s’attache à eux, parce qu’ils sont crédibles, même si leur univers et les pouvoirs qui y sont disponibles l’éloignent du nôtre. C’est cet attachement qui permet de créer de l’émotion.
    • le foreshadowing: c’est la technique qui consiste à donner par avance des indices sur ce qui va se passer par la suite. Ca peut être lourd quand c’est mal fait (« Il ne le savait pas encore, mais prendre le chemin de gauche plutôt que celui de droite allait causer sa perte… ») mais quand c’est assez subtil, ça donne juste envie de tout revoir depuis le début en s’extasiant sur les petits détails. Et cette technique-là est absolument maîtrisée par les scénaristes d’Arcane, au point que même les génériques peuvent être décortiqués frame par frame pour y repérer des clins d’oeil. Avec cet éclairage, les deux premiers épisodes que j’avais moins appréciés au départ prennent une saveur inédite au revisionnage – en réalité, ils sont parfaits.

    Ne vous y trompez pas, La geste n’a rien d’une fan fiction d’Arcane ! Mais elle lui doit beaucoup en tant que source d’inspiration concernant la narration, ainsi que quelques autres éléments. Et il y a un certain nombre d’easter eggs glissés à l’intérieur que les fans de la première heure reconnaîtront !

    C’est d’ailleurs le marqueur d’une grande oeuvre: sa capacité à inspirer d’autres créateurs. Il suffit de regarder le nombre de fanarts qui pullulent sur Insta, de fan fictions, et même d’analyses vidéos poussées pour comprendre l’ampleur du phénomène. J’ai envie de vous partager parmi ces dernières celles qui m’ont le plus marquée.

    WARNING: J’ai réussi à vous dire tout le bien que je pensais d’Arcane sans rien spoiler ^^ mais les vidéos que je mets en lien ci-dessous ne sont à regarder que si vous avez déjà vu la série pour vous éviter ce désagrément. Rendez-vous directement en bas de la page sinon ^^

    • Pourquoi une telle série qui a mobilisé une foultitude de créateurs talentueux ne devrait pas exister dans un monde capitaliste qui exige de la rentabilité
    • Une hypothèse sur la fin de le série que je trouve savoureuse (et à laquelle je choisis de croire!)
    • Une analyse inspirante sur la construction des personnages de la série, et pourquoi ils parviennent à nous toucher
    • Une vidée de DIX-NEUF MINUTES sur UNE SCENE de la série – ok, la meilleure à mon avis, tant elle est bien écrite, cela les vaut tout à fait ! (Les autres vidéos de Tilda Owen qui dissèque la série suivant le prisme de la relation entre Caitlyn et Vi méritent toutes d’être vues aussi !)

    … Et on peut passer des heures à explorer toutes ces ramifications pour voir les uns et les autres tâcher d’expliquer tel aspect du scénario ou tel comportement de personnage. C’est vertigineux et je n’ose imaginer la fierté que doit provoquer chez les créateurs de la série cette « appropriation ».


    Voilà décortiquée l’une de mes influences, ou plutôt, ce qui a été la source de changements majeurs dans ma vie 😉

    Et pour découvrir les « Arcane vibes » de mon roman… il suffit de le lire 🙂

    En précommande ici : La geste improvisée du chevalier Anowan – Préco

  • Quand va sortir La geste improvisée du chevalier Anowan ?

    La date est tombée: le 2 mars (2026, sisi), le livre devrait être disponible à la commande dans toutes les librairies, sur les plateformes (au prix de 22€) et au format numérique (6,99€).

    Oui, ça paraît teeeeeeeellement loin ! Mais comme me disait mon prof de maths en prépa, ça n’a jamais été aussi proche (il parlait des concours, soit une perspective bien moins réjouissante, mais ça marche avec n’importe quelle échéance, vous pouvez essayer.)

    En attendant, les pré-commandes sur le site de l’éditeur sont ouvertes: https://paulemike.com/shop/home/148-la-geste-improvisee-du-chevalier-anowan-9782366511703.html

    « A quoi ça sert, une pré-commande ?  » vous demandez-vous peut-être, « Si ce n’est à payer des frais de port qui donnent envie de chanter l’Internationale tellement ils sentent la victoire du capitalisme libéral sur la notion de service public ? »

    Une pré-commande, c’est un acte d’amour, une façon de dire: on a vraiment envie, on fait confiance et on a hâte. Et ça n’enlève rien aux déclarations tout aussi importantes qui suivront de la part de ceux qui commanderont mon livre en librairie ou le téléchargeront via une plateforme, plus tard, après avoir vu d’autres retours avant de se décider. C’est juste une question de temporalité.

    En plus d’une gribouille de ma part (aka dédicace), les pré-commandeurs auront aussi droit à un marque-page illustré par Sanrankune 🙂

    Quelle que soit la manière de vous procurer cet alignement particulier de mots qui se transforme en histoire, j’espère que cette dernière vous plaira.