C’était bien. C’était plus que bien. C’était un vrai cadeau. Parce qu’il y avait littéralement cinq décennies de ma vie rassemblées dans La librairie des femmes en ce soir de 19 mars, et que ça ne doit pas arriver si souvent, à part pour des funérailles, donc on peut dire que j’ai eu une chance incroyable de connaître ça de mon vivant \o/.
Il y avait Anthia, tout d’abord, qui m’accueillait dans « sa » libraire. Elle avait préparé une bio, une interview avec des vraies questions pertinentes dedans, une lecture d’extrait délivrée avec maestria et la bonne prononciation d’Eindhomein, et aussi des carottes au houmous et des madeleines. Elle a été pour beaucoup dans la réduction de l’état de stress inhérent à une première, grâce à elle, j’étais à l’aise, autant que Blaise, et vraiment prête à savourer ce moment. On a évoqué Arcane, les chansons de geste, Jasper Fforde, Terry Pratchett et Catherine Dufour, autant dire qu’on était en bonne compagnie!
Il y avait aussi Paul, ou Mike, ou Fabrice, pardon, Fabien, l’Editeur, qui avait amené une quiche et du vin, et le lot qu’il fallait de blagounettes délivrées avec le ton pince-sans rire qui est la marque de fabrique de Paul&Mike. J’en ai profité pour lui soutirer des infos intéressantes, comme la validation de la couv’ du tome 2 et le fait qu’une version traduite en anglais de la Geste serait envisageable à partir d’un x1000 sur le nombre de ventes.
Il y avait Huguette et sa copine Annie, pétillante lectrice octogénaire des 7+1+1 tomes de La tentation qui était venue goûter à ma nouvelle mixture, j’espère qu’elle la trouvera à son goût.
Il y avait mes parents. Toujours là dans les moments importants, et la fierté que j’ai vue dans leurs yeux m’a rendue fière comme rarement.
Il y avait Hélène, copine de 3ème à l’origine d’une grande partie de mon œuvre littéraire, puisque je n’aurais sans doute pas eu le même parcours scolaire qui ma inspiré La tentation si elle ne m’avait pas poussée à m’inscrire à Louis-le-Grand – où elle, finalement, n’est jamais venue ^^’.
Il y avait Florence, mon archiviste personnelle qui a pris le relais des amitiés à LLG, qui m’a fait découvrir la Grèce et qui est à l’origine de mes premiers textes dans le « ton » qui est devenu le mien, parce qu’il fallait l’écrire, cette lettre à Jérémy, hein ?
Il y avait Julie, compagne d’écriture de longue date, l’autrice non publiée parce qu’elle ne cherche pas (encore ?) à l’être dont j’ai lu, je pense, le plus d’œuvres distinctes. Elle comprend qu’on peut à la fois éprouver de l’empathie pour ses personnages et laisser des choses pas très cool leur arriver, parce qu’on n’invente pas les histoires, on les découvre, pas vrai ?
Il y avait Véronique, vraie visite surprise, lectrice de La tentation, qui m’a fait réaliser que dans Erika Valery, il y avait un jeu de mot aussi oO. Elle doit faire partie de ces gens qui découvrent dans ce que j’écris des choses que j’ignore y avoir mises alors qu’elles sont là depuis le début. Merci pour cette première chronique sur Babelio !
Il y avait des inconnus de moi venus par curiosité et parce que Fabien avait apporté de la quiche et du vin, j’espère qu’ils ont passé un bon moment 😀 !
Et il y avait ceux qui n’étaient pas là, mais un peu quand même. Stéphanie, Otto, Fabien P, Marianne, Sanrankune, M. Ravera parce qu’il faut bien quelqu’un pour garder les gosses à la maison.
Je sais que c’est le bazar un peu partout, que l’avenir est incertain, qu’il n’y a pas beaucoup de raisons de se réjouir, alors quand un truc aussi chouette vous arrive, vous avez juste envie de prendre toute cette gentillesse et de vous lover dedans comme dans un cocon.
Il parait qu’aujourd’hui, c’est la journée du bonheur.
Hier, je suis allée à un concert. En mode à l’arrache, avec des billets pris en début de semaine, à l’initiative de M. Valery-Ravera « Hey, ce serait pas LE mec célèbre que tu connais ? ». Le mec célèbre en question, c’est Christophe Mali, chanteur du groupe Tryo, et ma réponse systématique à la question qui revient de temps en temps dans les conversations qui s’épuisent un peu : « C’est qui la personne la plus connue que tu aies côtoyée ? »
Tryo, c’est l’Hymne de nos campagnes, Désolé pour hier soir, Ce que l’on s’aime, et mes préférées: Toi et Moi, Dulce de leche et Mrs Roy. C’est aussi Merci, France Télécom, qui était un peu l’hymne de mon école d’ingé spécialisée en Télécom et que je reprenais en soirée avant même de savoir que l’une des personnes derrière était quelqu’un que j’avais croisé pendant mes années collège et lycée. 91-94, années où je suivais des cours de théâtre sous la houlette de Jean-Jacques Charrière, JJ à la barbe blanche et à la voix grave, précise et douce, qui nous a fait jouer au théâtre Firmin Gémier d’Antony La visite de la vieille dame de Durrenmatt, La dispute de Marivaux, Le fils de Christian Rullier… On faisait aussi beaucoup d’impro, et en plus de Christophe (qui était encore Petit et pas encore Mali mais déjà bourré de talent), il y avait Gaël, Aurélie, Virginie, Camille, Philippe… Des silhouettes qui se sont éloignées dans le rétroviseur et dont il ne me reste que des souvenirs de répliques échangées dans un atelier sous les combles où on voyait flotter la poussière piégée par les rayons du soleil couchant.
Parmi les pièces jouées par notre petite troupe, il y en a une qui m’a particulièrement marquée : Direction Critorium par Guy Foissy. Une pièce mettant en scène trois femmes qui attendent un autobus pour se rendre au Critorium, un endroit où elles pourront enfin libérer le cri qui gronde dans leur ventre et qui menace de jaillir trop tôt de leur gorge. Parce que, bien entendu, il est interdit de pousser nos cris ailleurs qu’entre les murs capitonnés du Critorium, même quand la colère, la peur, la frustration, le manque, la solitude, voudraient qu’on les lâche quand même, là, maintenant, en pleine rue, n’importe où, pour obéir à un besoin impérieux – et tant pis pour le bordel. Mais le bus ne viendra pas, peut-être qu’il n’existe pas, ou alors il s’arrête ailleurs, plus loin, et les cris finiront par vaincre la volonté de ces femmes qui s’interdisent entre elles de crier en criant de plus en plus fort jusqu’à se briser les cordes vocales – comme dans la chanson.
C’était aussi barré que ça en a l’air, à la fois drôle, tragique et superbe, mis en musique par un Christophe de dix-sept ans qui jouait également l’une de ces femmes avec une conviction folle – et j’ai compris à ce moment-là la puissance des mots et de l’art de les livrer pour se délivrer. Pour essayer, du moins, en dépit de tout.
La nostalgie n’aurait pas suffi à me faire acheter des billets pour ce concert – j’ai écouté avant l’album solo de Christophe et c’est lui qui m’a décidée à aller dans cette petite salle de spectacle, parce que ce n’était pas un Zénith, parce qu’elle n’était même pas pleine, et que j’ai compris qu’on allait s’y retrouver entre humains. Un peu fatigués, assez abattus, de moins en moins surpris par l’accroissement exponentiel du bordel ambiant, mais prêts à chanter ensemble malgré tout et à partager des blessures intimes qui sont en réalité universelles.
Tss tss. Vous ne m’aurez pas comme ça. Je ne suis pas du genre à aller afficher les tropes de mon livre et à poster des extraits en mode teaser sur les RS. Sans doute parce qu’au mépris de toute stratégie marketing efficace (que Paul et Mike me pardonnent), je n’aime rien moins tant que de découvrir une oeuvre de manière « fortuite », et entrer dedans sans la moindre idée d’à quoi m’attendre.
Mais j’ai quand même envie de vous parler de la Geste par la bande – et j’ai choisi de le faire à travers d’autres oeuvres qui m’ont influencée.
Les plus perspicaces d’entre vous auront repéré le Part 1 qui accompagne le titre de cet article, ce qui laisse présager d’épisodes suivants – c’est parce que je me rends compte que j’ai plein de choses à raconter sur le sujet 🙂
Commençons par l’oeuvre sans qui rien de tout cela ne serait arrivé. J’aurais pu intituler ce post: Que s’est-il passé en novembre 2024 ? tellement ce moment a été charnière dans ma vie (comme vous le verrez, je n’exagère même pas !)
A cette époque, donc, je pensais être définitivement rangée de l’écriture. J’avais un début de roman qui stagnait à 5000 mots depuis… 2015, mon fameux projet de « roman de fantasy avec un téléphone portable dedans ». Il s’était pour moi enfoncé dans le puits des histoires perdues, même si j’avais une structure en tête et une fin vers laquelle je voulais tendre. Mais l’envie de le mener au bout avait disparu, sans que je ne comprenne réellement pourquoi. Et puis l’état du monde, le boulot, les gosses, étaient de bons arguments pour ne pas sortir de cette léthargie somme toute confortable bien qu’insatisfaisante.
En parlant des gosses… Cela faisait un an que mon aîné, 15 ans au compteur, me tannait pour que je regarde avec lui sa série préférée: Arcane. Au moment de la sortie de la première saison sur Netflix, il l’avait littéralement dévorée et écoutait la bande-son en boucle (qu’est-ce que j’ai pu détester Imagine Dragons !).
Pour ma part, j’avais regardé le premier épisode avec lui, trouvé l’animation originale et sympa, mais l’histoire m’avait semblé très classique et j’avais été globalement déçue. Je m’étais endormie pendant le visionnage du deuxième épisode (je souligne que juniorette ne faisait toujours pas ses nuits…) et je n’avais rien compris au troisième – j’avais décidé d’en rester là.
Novembre 2024: sortie de la deuxième saison. Junior veut revoir la première histoire de se remettre le scénario en tête avant d’attaquer les épisodes inédits, et cette fois je l’accompagne en mode « plus réveillée ». Je ne m’endors plus pendant le deuxième épisode, je comprends le troisième… et je commence à me rendre compte que ce n’est pas du tout la narration classique à laquelle je m’attendais. Je trouve ça même carrément bon, avec un final qui, cette fois, me laisse agréablement surprise.
A la fin du quatrième épisode, je réalise enfin que les trois premiers sont en réalité une longue introduction et que l’histoire commence réellement ici. Et je me prends une claque monumentale : l’animation est époustouflante, l’univers bien planté, les enjeux complexes, et les personnages d’une profondeur insoupçonnée. Pas de manichéisme, plein de dilemmes, et des arcs multiples qui donnent envie de savoir comment tout cela va évoluer (et side effect, Imagine Dragon ne me donne plus du tout de boutons ! Toute la bande-son devient canon quand elle s’avère capable de vous faire défiler des scènes épiques dans la tête).
Episode cinq: et c’est le flash.
Le même type d’épiphanie qui m’a fait écrire une saga en 9 tomes pendant 10 ans après une balade dans la forêt de Brno (pour ceux qui se souviennent de la genèse de la Tentation !). J’ai compris un truc clé sur mon personnage, reconnu ce qui lui manquait pour avoir une raison d’avancer vers le but que je lui avais fixé.
J’ai réouvert mon fichier word dans la foulée et les mots ont recommencé à couler, au service de scènes que je visualisais à présent comme si elles avaient été dessinées par les incroyables frenchies du studio Fortiche (et je vous assure, ça tabasse !)
Nous avons terminé le visionnage de toute la première saison et heureusement pour ma santé mentale, pu enchainer sur la deuxième (honnêtement, je ne sais pas comment il est possible de survivre au cliffhanger du dernier épisode de la saison I. Je comprends l’obsession du fiston).
J’ai continué à apprendre des choses sur mon personnage, sur son caractère, ses réactions, en observant comment son alter-ego dans la série évoluait. Et cette période a été incroyablement stimulante, entre l’attente des nouveaux épisodes distillés trois par trois et dévorés dans la foulée, et l’écriture de mon roman.
[Pour l’anecdote, c’est aussi le retour de cette envie d’écrire qui m’a fait lever le nez du guidon et réaliser que j’avais besoin de temps de cerveau disponible pour aller au bout de ce projet, ce qui ne pouvait se faire sans changer de boulot. Après 15 ans dans la même boîte, c’était un pari… qui a été remporté. Ce qui m’a permis de me retrouver dans les conditions idéales pour finir mon premier jet – plus de pensées parasites le soir en rentrant du taf.]
La série Arcane n’est pas parfaite. Mais on peut l’aimer à la fois pour ou malgré ses défauts – ce qui est, finalement, assez en phase avec son propos. En plus d’être un monument de l’animation, elle est un modèle de narration à plus d’un titre :
le « show, don’t tell » : pas besoin de faire défiler un descriptif du monde et des enjeux qui le traversent au début de la série, tout se révèle au fur et à mesure en suivant les personnages et en découvrant leurs réactions et leurs interactions. C’est un peu plus exigeant parce que le travail n’est pas prémâché et qu’on peut passer à côté si on n’est pas attentif (cf moi dans ma période burnout post partum) mais c’est teeeeeellement plus satisfaisant ! Et immersif. (Le défi était de taille, la série étant basée sur le lore du jeu vidéo Leagues of Legends qui avait une existence à part entière – je n’y ai jamais joué et ça ne m’a en rien empêchée d’apprécier, rien que pour ce tour de force, bravo!)
le traitement des personnages : c’est si bien fait qu’ils prennent une existence propre, leur évolution est fidèle à leur caractère et à leur histoire, ils ne sont pas figés ni contraints par des stéréotypes de genre, et c’est pour ça qu’on s’attache à eux, parce qu’ils sont crédibles, même si leur univers et les pouvoirs qui y sont disponibles l’éloignent du nôtre. C’est cet attachement qui permet de créer de l’émotion.
le foreshadowing: c’est la technique qui consiste à donner par avance des indices sur ce qui va se passer par la suite. Ca peut être lourd quand c’est mal fait (« Il ne le savait pas encore, mais prendre le chemin de gauche plutôt que celui de droite allait causer sa perte… ») mais quand c’est assez subtil, ça donne juste envie de tout revoir depuis le début en s’extasiant sur les petits détails. Et cette technique-là est absolument maîtrisée par les scénaristes d’Arcane, au point que même les génériques peuvent être décortiqués frame par frame pour y repérer des clins d’oeil. Avec cet éclairage, les deux premiers épisodes que j’avais moins appréciés au départ prennent une saveur inédite au revisionnage – en réalité, ils sont parfaits.
Ne vous y trompez pas, La geste n’a rien d’une fan fiction d’Arcane ! Mais elle lui doit beaucoup en tant que source d’inspiration concernant la narration, ainsi que quelques autres éléments. Et il y a un certain nombre d’easter eggs glissés à l’intérieur que les fans de la première heure reconnaîtront !
C’est d’ailleurs le marqueur d’une grande oeuvre: sa capacité à inspirer d’autres créateurs. Il suffit de regarder le nombre de fanarts qui pullulent sur Insta, de fan fictions, et même d’analyses vidéos poussées pour comprendre l’ampleur du phénomène. J’ai envie de vous partager parmi ces dernières celles qui m’ont le plus marquée.
WARNING: J’ai réussi à vous dire tout le bien que je pensais d’Arcane sans rien spoiler ^^ mais les vidéos que je mets en lien ci-dessous ne sont à regarder que si vous avez déjà vu la série pour vous éviter ce désagrément. Rendez-vous directement en bas de la page sinon ^^
Pourquoi une telle série qui a mobilisé une foultitude de créateurs talentueux ne devrait pas exister dans un monde capitaliste qui exige de la rentabilité
Une hypothèse sur la fin de le série que je trouve savoureuse (et à laquelle je choisis de croire!)
Une analyse inspirante sur la construction des personnages de la série, et pourquoi ils parviennent à nous toucher
Une vidée de DIX-NEUF MINUTES sur UNE SCENE de la série – ok, la meilleure à mon avis, tant elle est bien écrite, cela les vaut tout à fait ! (Les autres vidéos de Tilda Owen qui dissèque la série suivant le prisme de la relation entre Caitlyn et Vi méritent toutes d’être vues aussi !)
… Et on peut passer des heures à explorer toutes ces ramifications pour voir les uns et les autres tâcher d’expliquer tel aspect du scénario ou tel comportement de personnage. C’est vertigineux et je n’ose imaginer la fierté que doit provoquer chez les créateurs de la série cette « appropriation ».
Voilà décortiquée l’une de mes influences, ou plutôt, ce qui a été la source de changements majeurs dans ma vie 😉
Et pour découvrir les « Arcane vibes » de mon roman… il suffit de le lire 🙂
Je pense que tout lecteur est ravi de répondre à cette question !
Je suis pour ma part une lectrice compulsive, je lis tout genre de romans, souvent choisis sur un coup de tête, pour un détail de couv, pour une 4ème qui m’intrigue, parce que le bouquin est dans le top 10 des ventes et que je veux comprendre pourquoi, parce que j’ai échangé deux mots avec l’auteur(e), parce qu’un(e) ami(e) ou un algo m’a dit: hey, je pense que ça te plaira…
Mon top, pourtant, reste inchangé depuis de nombreuses années, à deux exceptions près.
Le guide du routard galactique, Douglas Adams
Parce que c’est absurdement drôle, follement intelligent et profondément humain. Je suis tombée amoureuse d’Arthur Accroc et de la plume de D. Adams (celle de son traducteur Jean Bonnefoy, plus exactement).
C’est culte, et pour une bonne raison.
Au bonheur des ogres, Daniel Pennac
Parce que c’est avec ce livre que j’ai découvert qu’on pouvait conjuguer de la littérature de genre avec de la littérature de personnages et un style au service d’une intrigue (et ça vaut pour toute la saga).
L’assassin royal, Robin Hobb
Parce que ça se pose là en terme de construction d’univers de fantasy, avec plusieurs sagas qui s’entrelacent, des personnages pour lesquels on vibre, et des dragons.
L’affaire Jane Eyre, Jasper Fforde
Parce que ça joue avec le lecteur en abattant toutes les barrières, que ça flirte avec le meilleur de la littérature anglaise, que c’est bourré d’idées comme le magnifique puits des histoires perdues, et que ça parle d’amour.
Les voies d’Anubis, Tim Powers
Parce que c’est enfin un roman qui intègre un voyage dans le temps sans s’emmêler les pinceaux, que c’est du pur steampunk, et que ça nous fait rencontrer des poètes romantiques anglais comme Byron, Coleridge ou Shelley.
Danse avec les lutins, Catherine Dufour
Parce que je n’étais jamais passée aussi vite du rire aux larmes, et que c’est ça aussi, la littérature, une interrogation perpétuelle sur la raison de ces choses infligées par et à nous-mêmes qui nous blessent et nous tuent.
La vie rêvée des chaussettes orphelines, Marie Vareille
Parce que c’est un coup de foudre totalement improbable vu ce que je lis d’habitude, que c’est drôle et poignant, et que je me suis complètement fait avoir – mazette, que c’est bon !
Et puis il y a aussi…
… tout T. Pratchett, J. Austen, I. Asimov, PG Wodehouse, A. Christie, JM Erre.
Hugo et Zola.
Et Enid Blyton, avec laquelle, comme pour tant d’autres, tout a commencé.
La capitale a accueilli ce jour-là la 6ème édition de la Paris Sausage Walk qui a vu déambuler une procession de plus de cinq cents teckels promenant leurs maîtres sur les quais de la Seine.
Mais, malgré une affection de longue date pour les saucisses sur pattes dont les origines sont à chercher au sein d’une histoire familiale compliquée, je n’y étais pas. Non, j’avais plutôt fait le choix d’aller trainer mes guêtres du côté du pas mal chic Hôtel de Massa dans le XIVème, qui recevait quant à lui des gens qui ont en commun avec les teckels une propension à la faire courte : des éditeurs et des auteurs de nouvelles.
Mon objectif était de profiter de cette petite sauterie en quartier bourgeois pour croiser Paul&Mike qui avaient aussi fait le déplacement, histoire de tordre le cou aux suspicions de M. Ravera : « Mais tu es sûre qu’ils existent, ces gens qui ont dit qu’ils allaient te publier ? ». La mission fut un succès puisque je ramène pour preuve de leur existence une photographie de Fabien&Fabien que je dévoile ici – garantie sans IA, ni Photoshop ni même fond de teint.
Avec Fabien², nous parlâmes un peu processus éditorial, littérature, état du monde, qualité des chips et pénurie de chaises, et ce fut d’autant plus chouette qu’Anthia Arsac, autrice maison (cuvée 2025) du très recommandable Temple des nèfles, était également de la partie.
Il n’en aurait pas fallu davantage pour que la journée mérite le qualificatif de bonne, mais elle vira à l’excellent grâce à une autre rencontre fixée après des retrouvailles virtuelles que seule la mise à jour d’un profil Linkedin peut provoquer. Faisant d’un billet SNCF deux coups, j’avais ajouté à mon agenda parisien un déjeuner avec une copine perdue de vue depuis quinze ans. J’allais découvrir qu’elle allait me permettre de clore l’énigme à laquelle je faisais référence dans cet article de blog posté il y a presque dix ans : Est-ce qu’il t’est déjà arrivé quelque chose de vraiment creepy ?
Oui, mon amie historienne de l’antiquité comme du contemporain a su conserver dans ses archives avec plus de soin que moi mes écrits des années lycée.
Grâce à elle, ma très creepy Lady in reda été finalement extraite au complet du puits des poèmes oubliés.
Je me suis longtemps demandé comment une certaine Kylie Ravera avait bien pu faire pour gérer concomitamment l’écriture d’une saga scientifico-humoristico policière en 9 tomes, une présence assidue sur les réseaux sociaux qui va avec le statut d’autoédité, la rénovation d’une maison dans la campagne bretonne, l’arrivée d’un Ravera Jr dans le foyer, et un job prenant dans une start-up de la French Tech (où on cause très English et où on voyage beaucoup).
J’étais un peu jalouse. Bon, ok, Kylie avait quelques années de moins que moi, mais pas non plus une hygiène de vie irréprochable (la mienne est bien meilleure). Quelque chose m’échappait pour réussir à percer le mystère de son énergie – le carburant qui permet tout le reste, moi qui rentrais le soir épuisée pour m’endormir devant n’importe quel film ou série, incapable d’allouer la moindre parcelle de temps de cerveau disponible à une activité un tant soit peu créatrice.
C’était d’autant plus frustrant que j’avais un récit qui me trottait dans la tête, son début figé depuis des années dans un .docx de 3000 mots. Je redoutais de le voir basculer définitivement dans le puits des histoires perdues, incapable de lui consacrer les points de vitalité qu’il réclamait.
J’ai cherché des coupables : la start-up devenue world leader of video streaming ? Juniorette, aux premières années ponctuées de nuits entrecoupées de réveils ? la perte de tout espoir concernant le devenir de l’humanité ? des cellules mitochondriales en burnout ?
Comme dans un Agatha Christie que je ne nommerais pas pour éviter tout procès en spoil, j’en suis arrivée à la conclusion que tous ces éléments étaient coupables. Association de malfaiteurs caractérisée, à vous donner envie d’envoyer l’ensemble au trou pour 5 ans au moins.
Bon, on sait tous que ça ne marche pas comme ça. Il allait falloir passer outre ces freins si je ne voulais pas les laisser me mettre définitivement à l’arrêt. J’avais besoin d’un déclic, suffisamment fort pour rebooster une envie qui se complaisait depuis trop longtemps dans une mollesse stérile.
Ce déclic a fini par se produire au mois de novembre 2024. J’en parlerai plus en détail dans un post dédié, celui-ci est déjà assez long pour une reprise. Il m’a permis en tout cas de me rappeler que Kylie Ravera, c’était moi, et que je devais être capable de me donner les moyens de satisfaire un besoin revenu au-dessus de la pile.
En mai 2025, l’histoire a fini par faire 150 000 mots au terme de son (premier d’une longue série…) point final.
En septembre 2025, le roman a trouvé un éditeur – une nouvelle aventure qui mérite aussi un post à part.
Donc pour répondre à la question, tout de même : Erika Valery, c’est la cavalerie qui est venue à la rescousse de Kylie Ravera pour la réveiller de sa léthargie en mode kick in the butt.