Catégorie : Making-of

  • Le site web des Gestes malhabiles – le making-of

    Il y a de cela presque 15 ans, j’avais plongé la tête la première dans WordPress pour doter La tentation de la pseudo-réciproque d’un site web digne de ce nom – un passage assez obligé en autoédition.

    J’avais consulté pas mal de tutos sur Youtube, scanné des pages entières de conseils sur le web, acheté des bouquins pour les Nuls, téléchargé moult extensions (dont la moitié allaient faire bugger le site) et surtout, j’avais harcelé mon cher et tendre, développeur de son état, pour qu’il me sorte du pétrin trouze mille fois par jour. Mon illustrateur Samuel Colasse m’avait fourni une chouette bannière, et au final, au bout de plusieurs semaines d’arrachage de cheveux de taf, on était arrivés à ça: https://kylieravera.fr/

    En 2026, nous sommes entrés dans une nouvelle ère. WordPress est passé en mode bloc, le « s » de https est devenu obligatoire et Mr Valery a d’autres chats à fouetter en rentrant du boulot le soir que de s’occuper du site web de Mme Valery (il faut bien quelqu’un pour gérer la maison, les gosses, le jardin et donc, les chats, pendant que j’écris – je t’aime mon chéri).

    Je me suis donc retroussé les manches, j’ai cliqué à droite à gauche en mode je sais parfaitement ce que je fais, WordPress et moi on a fini par être potes il y a quinze ans, c’est un peu comme des retrouvailles, tout va bien se passer.

    Que nenni.

    En quinze ans, mon pote avait trop changé, il avait grandi, évolué, était par certains aspects devenu plus abordable mais par d’autres carrément cryptique. On ne se comprenait plus (enfin lui, je ne sais pas, il n’a jamais été super loquace, c’est le problème des relations à sens unique).

    Aucune Intelligence humaine n’étant disponible dans mon entourage, j’ai donc demandé à une intelligence artificielle (que nous appellerons Chatoupété pour préserver son anonymat) de m’aider.

    Au bout de quelques échanges, il a compris que j’étais une quiche et a décidé de prendre les choses en main.

    Voici ce qu’il m’a dit:

    Je ne sais pas pourquoi, je l’ai imaginé prononcer ces mots avec un accent italien.

    Ca m’a rappelé quand je vais chez le coiffeur pour demander ma coupe au carré avec un léger dégradé et que ça s’enflamme un peu de l’autre côté.

    Curieuse, j’ai dit: chiche, zyva, montres-moi.

    Et il m’a montré ça.

    J’avoue, j’ai dégluti un peu fort. Au point que ça a résonné dans la maison.

    A part le fait que Chatoupété mé-genrait Anowan, sa proposition faisait de l’effet.

    Il s’est même fendu d’une analyse:

    Certes, Chatounet, mon coiffeur n’aurait pas mieux dit.

    Assez séduite, je dois l’avouer, j’ai poursuivi la discussion en répondant à quelques questions supplémentaires. Et puis, au détour d’un conseil sur la meilleure façon de customiser une CSS, les choses sont devenues… cheloues.

    OK, me dis-je in petto, c’est toujours moi, la cheffe, ou bien ?

    Alors j’ai contacté mon ami Sanrankune et je lui ai montré la propale du concurrent.

    Il a lui aussi commencé par déglutir très fort, une goutte de sueur a même roulé le long de son cou, mais on a fini par se dire qu’on allait être meilleurs ensemble que Chatoupété qui, quand on regarde en détail, est quand même très fort pour faire de l’à-peu-près (impossible de lui faire changer un texte ou de garder une cohérence avec des objets déjà présents par exemple). On a gardé des idées de disposition, des textures, des éléments, mais le tout a ensuite été retravaillé par Sanrank pour arriver au bandeau d’en-tête et au pied de page que vous avez sous les yeux.

    Je reconnais que Chatou a ensuite été bien utile pour me guider dans le méandre des menus WordPress, surtout quand il a fallu résoudre un bug qui m’empêchait d’accéder aux modèles de pages (sachez que le plugin Inline spoiler n’est pas compatible avec WordPress 7.0.2, cette bêtise m’a tout de même coûté deux heures).

    Au final, on arrive en deux semaines à un site moins ambitieux que celui « halluciné » par une IA, mais je trouve qu’il est efficace et qu’il fait le job.

    On a chacun fait le nôtre, en vérité.

    J’espère maintenant que vous prendrez plaisir à vous y balader!

  • Comment s’est passé le premier contact avec ton éditeur ?

    Comment s’est passé le premier contact avec ton éditeur ?

    J’avais déjà eu l’occasion de raconter la genèse de mon aventure éditoriale dans cet article mais avec l’accord de mon interlocuteur chez Paul&Mike, Fabien P., je vous partage, à l’occasion de leur premier anniversaire, les échanges e-pistolaires qui ont conduit à l’édition de La geste improvisée du chevalier Anowan.

    (Ca me semble à la fois hyper loin et super proche, c’est un peu quantique, cette histoire, quand même…)


    Le 2025-06-14 17:53, Kylie Ravera a écrit :

    Bonjour,

    (Ça se fait, un reply sur un mail qui date d’il y a douze ans, en mode « hey, on reprend où on en était restés, d’accord ? » ? On va supposer que oui). Donc ça aura pris tout ce temps :

    • de terminer une saga-fleuve en 7+1+1 tomes, qui vit depuis dix ans sa petite vie en autoédition (« la Tentation de la pseudo-réciproque », si ça peut vous rappeler vaguement quelque chose)
    • de commettre un recueil de nouvelles illustrées (par un vrai dessinateur de talent) également auto-publié
    • de finir par contribuer à l’AGESSA en écrivant 6 nouvelles à caractère mathématico-énigmatique par an pour le magazine Tangente
    • d’imaginer et écrire un nouveau roman, un one-shot celui-là, qui n’a rien à voir avec les choucroutes précédentes.

    C’est ce dernier, vous l’aurez compris, qui m’amène à faire irruption dans votre boîte mail. De quoi s’agit-il, cette fois ? Plusieurs réponses possibles.

    • En moins de dix mots : un roman de fantasy avec un téléphone portable dedans.
    • En un peu plus de dix mots : un roman sur l’écriture d’un roman de fantasy et qui serait aussi un roman de fantasy avec un téléphone portable dedans.
    • En moins cryptique : un roman qui se déguise en roman de fantasy pour aborder des sujets plombants au possible, comme le féminisme, la religion, le capitalisme (avec un point de vue de gôche, si jamais vous aviez des doutes à ce sujet) et ce que signifie l’écriture -non mais vous avez vraiment cru que j’allais spoiler lol-.
    • En mode teasing de ouf (j’ai à présent un ado de 15 ans à la maison, le vocabulaire s’en ressent) : un roman dont le tout dernier chapitre est censé donner envie de tout relire depuis le début en se disant « mais comment ai-je pu ne pas m’en apercevoir plus tôt ! ».

    Dans l’attente (angoissante, il y a des choses qui ne changent pas) de votre retour concernant sa compatibilité avec votre ligne éditoriale,

    Amicalement (malgré tout),

    Erika Valery aka Kylie Ravera

    Voilà, ça c’était mon mail d’intro, en réponse à un message reçu 13 ans plus tôt, par un représentant de Paul&Mike qui disait ceci concernant le premier tome de La tentation de la pseudo-réciproque :

    Bonjour Mademoiselle,

    Nous avons bien reçu votre manuscrit qui a été lu avec une grande attention.

    Après une étude attentive, nous ne pouvons le retenir car celui-ci n’a pas remporté l’adhésion des membres de notre comité de lecture. En effet, nous publions très peu et il nous a semblé que la qualité d’écriture n’était pas au rendez-vous, ajouté au fait que votre humour n’a pas fait l’unanimité. A noter aussi que je ne suis pas sûr que de laisser les notes de révision de vos relectrices soit du meilleur effet.

    Un point positif, nous avons souri à votre courriel de présentation (tout n’est pas perdu). Nous restons cependant ouverts pour la lecture de nouveaux textes que vous voudrez bien soumettre à notre comité de lecture.

    Nous vous prions de croire en l’expression de nos sincères salutations.

    Bon, j’avais failli décéder de honte en constatant que j’avais envoyé la mauvaise version de mon manuscrit (celle avec des notes de correction de ma BL, donc…) et couiné en lisant le commentaire concernant ma qualité d’écriture (l’humour, oui, je sais, c’est pas le truc au monde le mieux partagé…).

    Mais 12 ans plus tard, à l’autre bout du fil, l’interlocuteur chez P&M avait changé et il m’a assez promptement (moins de deux heures plus tard…) répondu ceci:


    Le 2025-06-14 19:19, Fabien Pesty a écrit :

    Bonjour,

    Monsieur ——– ne fait plus partie de P&M depuis de nombreuses années, il a été remplacé par Fabien Pesty (qui n’est pas le Fabien de Jean-Fabien, lequel s’appelle Muller, ce qui n’est pas un nom de gôche, mais c’est une personne charmante tout de même, n’eût été le fait qu’il portât un prénom tartignole).

    Fabien Pesty (pas Muller, vous suivez ?) tient à vous remercier pour votre mail. La pièce jointe n’a pas encore été ouverte, mais vous avez au moins eu le talent de donner envie de le faire sans hésiter ! Ce qui est bien trop rare.

    Merci donc pour ce message. Au pire, si votre manuscrit ne vaut pas un pet de lapin, je suis tout disposé à publier ce mail.

    Je vous donne RDV dans douze ans pour une réponse négative invoquant une sombre histoire de ligne éditoriale, comme s’il y avait une ligne éditoriale chez P&M…

    Cordialement (malgré tout),

    Fabien Pesty aka Esteban Pyef

    Là, je me suis dit qu’il y avait moyen qu’on soit sur la même longueur d’onde…

    Alors j’ai répondu ceci:

    Le 2025-06-15 01:27, Kylie Ravera a écrit :

    Hola Esteban !

    Mes messages aux éditeurs sont réputés pour leur excellence. C’est à l’étape suivante que ça se corse. Quand j’aurai écrit suffisamment de livres et récolté assez de refus pour compiler ces piquants échanges dans un recueil à 92 mains, le Goncourt, j’en suis convaincue, me tendra les bras. (Je le refuserai, bien entendu, la compromission avec des traditions bourgeoises et élitistes, très peu pour moi). (On est de gôche, oui, ou merde ?)  

    Ravie, en tout cas, d’avoir atteint cette étape où seul un clic nous sépare d’une histoire possible entre vous et moi.

    Amicalement (toujours),

    Kylie / Erika

    C’était un peu osé. Vous vous rappelez, mon point sur l’humour pas partagé, tout ça…

    Mais j’ai tout de même eu une réponse dans la foulée.

    Le 2025-06-15 06:34, Fabien Pesty a écrit :

    En voilà une idée, de compiler des lettres de refus, échanges, expériences avec le monde de l’édition, pour en faire un livre qui se voudra être « un véritable pied de nez au microcosme littéraire » (20 minutes) et « une dénonciation acerbe de l’absurdité d’un monde en constante déliquescence » (Télé Z), quoiqu’on lui reprochera probablement « l’absence de toute recette du flan. Un silence suspect, tendant à renforcer l’idée que ce sujet reste un tabou majeur dans les sphères germanopratines… » (Flan Mag) !

    Ce point d’exclamation final est à rapprocher de la première partie de la phrase si l’on veut mieux en appréhender le cynisme car, je vous l’assure, c’est une idée de merde. Sauf dans le cas où vous souhaiteriez que votre aigreur de n’avoir jamais été éditée soit connue du plus grand nombre. Là oui, bingo !

    Reprenez-vous immédiatement, c’est un conseil. 

    Tout ceci étant clairement dit, je vais m’atteler à l’étape suivant le clic préalable à l’ouverture de la pièce jointe : la lecture de celle-ci. 

    Vous n’avez pas intérêt à me décevoir.

    Bastien Pyfe

    On y était. ENFIN. Un éditeur allait se pencher sur mon texte. Je misais sur le fait d’avoir une réponse dans l’année et j’étais partie me balader en vélo quand soudain…

    Le 2025-06-15 11:07, Fabien Pesty a écrit :

    J’ai avancé dans la lecture de votre manuscrit de 398 PUTAINS DE PAGES !!

    Où en êtes-vous de vos recherches d’éditeur pour ce roman ? Les premières pages donnent envie d’aller au bout, c’est incontestable. Pour l’instant je ne vois pas de « mais » à l’horizon, pas même ce truc hypocrite de la ligne éditoriale. J’aimerais le lire d’une traite pour vous donner une réponse rapide, qui semble bien partie pour être positive, mais la période n’est pas propice pour moi au d’une-traite. Sachant que si je le valide, il devra ensuite passer entre les mains du terrible Herr Muller pour décision finale, cela risque de prendre un mois voire plus. 

    Aussi, est-ce que vous pourriez nous faire savoir si jamais il devait trouver preneur chez un autre éditeur plus prestigieux et/ou plus désiré et/ou plus rapide ? Car à moins d’un cataclysme qui rendrait totalement pourries les 380 pages suivant les 20 premières, il a de très fortes chances de trouver une proposition d’édition (à compte d’éditeur).

    Et je suppose que dans votre bibliothèque on doit trouver du Pratchett et du Jaworski ?

    Fabien P.

    A ce moment-là, ma montre connectée a dû croire que j’avais d’un coup décidé de me mettre à courir un marathon, et mon mari que je faisais un AVC. J’étais pas prête, mon coeur non plus. J’ai tout de même réussi à écrire ceci:

    Le 2025-06-15 13:54, Kylie Ravera a écrit :

    Mille poutrelles, je m’étais préparée à attendre douze ans pour avoir ce genre d’échange…

    Pour répondre à votre première question, je suis au niveau 1 de la recherche d’un éditeur. C’est à dire que mon roman n’a encore été lu en entier que par une bêta-lectrice (il croupit également sur la table de chevet de Mr Ravera mais on va dire que ça ne compte pas, il est encore plus éloigné que moi du milieu de l’édition).

    Je ne l’ai envoyé qu’à vous pour le moment – juste une question de feeling, et parce que Paul&Mike est la seule maison à l’origine d’un échange un poil constructif concernant mon projet précédent. 

    Tout autre envoi que je pourrais faire se déroulerait dans le cadre d’un processus standard – et je n’espère pas ne serait-ce qu’un début de commencement de réponse avant des mois (on vient de battre une sorte de record, tous les deux, là, non?)

    Tout ça pour dire que je n’ai aucun moyen de pression pour vous presser davantage concernant l’obtention d’une réponse définitive. 

    J’ai commencé à repérer quelques maisons d’édition qui pourraient accompagner mon roman et je suis en train de lire les petites lignes sur les contraintes de formatage des manuscrits à leur envoyer. Leur prestige m’importe moins que leur capacité à défendre une histoire, et que le lien que je pourrai tisser avec mes interlocuteurs (naïveté ou réalisme, on verra).

    Donc advienne que pourra!

    Erika V.

    PS. Vous avez raison pour Pratchett, à moitié pour Jaworski (qui est bien dans ma bib mais du côté de la pile à lire pour le moment)

    PPS. Si vous m’obtenez une adaptation en série animée par le studio Fortiche sur Netflix, je signe tout de suite

    Après ça, Monsieur Pesty m’a mis le nez dedans, comme on dit dans le jargon, en m’envoyant la liste des répétitions à traquer dans le texte (ça m’a valu une nuit blanche et la certitude que j’écrivais comme un pied bot) et des retours précieux, comme:

    Le manuscrit est trop long, et c’est pas un problème de pages. Trop de temps morts, un déséquilibre flagrant entre les parties « Anowan » et les parties Erik. Du 50/50 au tout début, puis Erik (enfin, ses narrations) finit par devenir presque anecdotique. Encore une fois, à voir ce que ça donne jusqu’au bout, mais pour l’instant j’ai une sensation de promesse non tenue. 

    Et puis il y a eu cette phrase:

    Quel que soit l’avenir du manuscrit chez P&M, j’aime beaucoup ce que je lis, j’apprécie nos échanges, et j’essaierai d’être le plus utile possible pour que ce manuscrit v95.docx devienne un livre édité à compte d’éditeur.

    J’ai botté en touche en parlant de météo (souvenez-vous, à l’époque, la canicule commençait à 30° seulement ) mais… pour la première fois, après des années de syndrome de l’imposteur solidement ancré suite à de multiples refus de mes textes par l’ensemble du corps éditorial, je me suis dit qu’il y avait une chance pour que, peut-être…

    Et finalement, le verdict est tombé le 8 juillet 2025 à 14h07 (c’était un mardi).

    Donc le bilan de cette lecture, puisque tu l’attends avec impatience.

    On ne publiera pas ce manuscrit. On publiera sa version allégée.

    Allégée en nombre de pages, pour des raisons bassement matérielles : 830000 signes, on approche du pavé, et seules les grosses maisons d’édition peuvent se le permettre. Parce que 830000 signes, ça donne un bouquin de près de 600 pages et que pour un premier roman, édité chez un éditeur pas trop connu, c’est trop pour les libraires et les journalistes (parlons plutôt d’instagrammeurs aujourd’hui).

    Pour des raisons moins terre à terre, parce qu’il y a beaucoup de “temps morts”. Tu l’as dit toi-même dans ton mail d’accompagnement, c’est un roman dont la fin donne envie de tout relire depuis le début sous un éclairage nouveau. Mais personne ne le fera, car d’une part il faut arriver à la fin, et d’autre part on ne justifie pas 380 pages par les cinq dernières. Ce n’est pas le cas, hein ! Je veux juste dire que ces temps morts que je développerai plus loin, ils ne deviennent pas vivants une fois qu’on est arrivé à la fin. 

    Tu as un talent de fou, c’est incontestable. Une écriture précise et efficace, on sent le travail et le retravail derrière tout ça. Tu racontes une histoire qui tient vraiment la route, avec en plus ———————-. Je l’avais dit ce WE, et je le maintiens : tu dois être publiée, et à compte d’éditeur, et ce serait une vraie fierté pour nous que ce soit chez P&M. Tu as écrit un vrai roman. Mais il est n’est pas publiable en l’espèce parce qu’il va se prendre des claques.

    Qu’est-ce que j’ai pu gamberger sur ce retour… Mais c’est finalement lui qui est à l’origine de la confiance que j’ai eue en un éditeur qui était prêt non pas simplement à corriger mes fautes d’accord et à pointer mes répétitions, mais aussi à m’accompagner vers l’éclosion de la meilleure version de mon manuscrit, expurgé de ces « temps morts qui ne redeviennent jamais vivants » – dût-il être découpé en deux tomes.

    Le 19 septembre, soit 3 mois après mon premier mail, je signais le fameux contrat avec Paul&Mike.

    Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, peut-être une guerre thermonucléaire totale, mais je suis infiniment reconnaissante à la vie (et à Fabien Pesty) de m’avoir permis de tenir en main une version aboutie du tome I de La geste – le tome II étant en train de se faire secouer avec la même sévérité pour être présent dans les bacs à la fin de l’année.

    (Et si ces quelques extraits de la prose de Fabien vous ont donné envie d’en consommer davantage, je vous recommande avec conviction son dernier recueil de nouvelles, Discordance des temps).

  • Qu’est-ce que ça fait d’être exposant à son premier salon littéraire ?

    Ça fait rencontrer des gens.

    J’étais ce dimanche 31 mai, lendemain de la victoire du PSG sur Arsenal en ligue des champions (aucun rapport avec ce qui va suivre, rassurez-vous, je pose ça là comme une balise temporelle) au Salon du livre de Montargis, pour ma première séance de dédicace en salon.

    Et, donc, j’ai rencontré des gens.

    Des lecteurs qui ne sont au départ que potentiels, et dont on essaye d’abord de capter le regard quand ils s’aventurent à proximité de votre stand, avec un bonjour délivré sur un ton capable de les faire lever les yeux, et, peut-être, d’initier un échange de sourire avec eux.

    Ensuite, une question d’accroche est nécessaire, celle qui permettra de jauger si ce premier sourire peut mener à une discussion à propos du livre – c’est là que tout se joue.

    Il faut comprendre en quelques secondes à qui on a affaire: un timide, une curieuse, un qui-passait-par-là-mais-ne-lit-pas, une qui-passait-par-là-mais-ne-lit-pas-de-fantasy-dommage, un qui veut parler de lui, une qui veut parler de ce qu’elle écrit, un amateur exclusif d’essais sur l’art gothique ou une fan venue juste pour vous afin de décrocher une dédicace qu’elle chérira toute sa vie comme son bien le plus précieux (ce dernier cas, me concernant, ne s’étant pas encore produit). Et à partir de là, on adapte le pitch : roman de fantasy, mais pas vraiment, avec de l’aventure et des complots, du métatextuel qui conviendra très bien à une prof de français, des bouts de JDR pour adepte de D&D, des morceaux de romance, ça a plu à ma belle-mère, ma lectrice la plus âgée a quatre-vingt-cinq ans, c’est lisible à partir de quinze.

    Alors même si j’ai sans doute gagné des points de compétence en analyse psychologique de mon prochain, ce n’est pas une science exacte – j’ai plus d’une fois raté ma cible. Mais c’est en pitchant qu’on devient pitcheur, et pour peu qu’on aime échanger avec des gens, c’est un exercice qui s’avère très plaisant.

    Evidemment, « l’expérience-salon » est très différente pour ces auteurs/autrices à la fanbase bien établie – qui doivent surtout gérer les compliments.

    Ainsi, à ma droite, il y avait Georgia Caldera, autrice spécialisée en new romance, dont le stand n’a quasiment pas désempli, et qui m’a permis d’être témoin de véritables déclarations d’amour de la part de lectrices (le féminin ici est réellement illustratif) que le genre a ancré dans la lecture.

    À ma gauche, encore une autrice au lectorat solide, Laurie Heyme, et une très sympathique rencontre de ce salon – j’ai beaucoup appris en l’écoutant et en observant sa façon d’aller vers les autres, d’engager intelligemment la conversation, de répondre avec chaleur et de prendre l’émotion qui lui était offerte en retour.

    Un peu plus loin, il y avait H. Lenoir, Reine de l’Ouest mais pas seulement, j’espère avoir réussi à noter dans un coin de ma tête tous ses conseils – j’ai eu l’impression à un moment que la moitié des visiteurs du salon se baladaient avec un de ses livres à la main. (Je kiffe son t-shirt, on aura l’occasion d’en reparler ^^).

    Après une quinzaine de pitchs, je suis repartie avec cinq exemplaires de La geste en moins et l’espoir qu’ils seront lus, puis qu’ils donneront envie à leurs lecteurs d’en offrir à tous leurs potes avant d’enchainer en décembre sur le tome 2!       

    (Quelques photos illustratives pour terminer.)

    Et en bonus: une nouvelle qui aurait pu être inspirée par cette expérience si elle n’avait pas été écrite avant ^_^: Un pas plus loin.

  • C’était comment, cette soirée de lancement de La geste ?

    C’était bien. C’était plus que bien. C’était un vrai cadeau. Parce qu’il y avait littéralement cinq décennies de ma vie rassemblées dans La librairie des femmes en ce soir de 19 mars, et que ça ne doit pas arriver si souvent, à part pour des funérailles, donc on peut dire que j’ai eu une chance incroyable de connaître ça de mon vivant \o/.

    Il y avait Anthia, tout d’abord, qui m’accueillait dans « sa » libraire. Elle avait préparé une bio, une interview avec des vraies questions pertinentes dedans, une lecture d’extrait délivrée avec maestria et la bonne prononciation d’Eindhomein, et aussi des carottes au houmous et des madeleines. Elle a été pour beaucoup dans la réduction de l’état de stress inhérent à une première, grâce à elle, j’étais à l’aise, autant que Blaise, et vraiment prête à savourer ce moment. On a évoqué Arcane, les chansons de geste, Jasper Fforde, Terry Pratchett et Catherine Dufour, autant dire qu’on était en bonne compagnie!

    Il y avait aussi Paul, ou Mike, ou Fabrice, pardon, Fabien, l’Editeur, qui avait amené une quiche et du vin, et le lot qu’il fallait de blagounettes délivrées avec le ton pince-sans rire qui est la marque de fabrique de Paul&Mike. J’en ai profité pour lui soutirer des infos intéressantes, comme la validation de la couv’ du tome 2 et le fait qu’une version traduite en anglais de la Geste serait envisageable à partir d’un x1000 sur le nombre de ventes.

    Il y avait Huguette et sa copine Annie, pétillante lectrice octogénaire des 7+1+1 tomes de La tentation qui était venue goûter à ma nouvelle mixture, j’espère qu’elle la trouvera à son goût.

    Il y avait mes parents. Toujours là dans les moments importants, et la fierté que j’ai vue dans leurs yeux m’a rendue fière comme rarement.

    Il y avait Hélène, copine de 3ème à l’origine d’une grande partie de mon œuvre littéraire, puisque je n’aurais sans doute pas eu le même parcours scolaire qui ma inspiré La tentation si elle ne m’avait pas poussée à m’inscrire à Louis-le-Grand – où elle, finalement, n’est jamais venue ^^’.

    Il y avait Florence, mon archiviste personnelle qui a pris le relais des amitiés à LLG, qui m’a fait découvrir la Grèce et qui est à l’origine de mes premiers textes dans le « ton » qui est devenu le mien, parce qu’il fallait l’écrire, cette lettre à Jérémy, hein ?

    Il y avait Julie, compagne d’écriture de longue date, l’autrice non publiée parce qu’elle ne cherche pas (encore ?) à l’être dont j’ai lu, je pense, le plus d’œuvres distinctes. Elle comprend qu’on peut à la fois éprouver de l’empathie pour ses personnages et laisser des choses pas très cool leur arriver, parce qu’on n’invente pas les histoires, on les découvre, pas vrai ?

    Il y avait Véronique, vraie visite surprise, lectrice de La tentation, qui m’a fait réaliser que dans Erika Valery, il y avait un jeu de mot aussi oO. Elle doit faire partie de ces gens qui découvrent dans ce que j’écris des choses que j’ignore y avoir mises alors qu’elles sont là depuis le début. Merci pour cette première chronique sur Babelio !

    Il y avait des inconnus de moi venus par curiosité et parce que Fabien avait apporté de la quiche et du vin, j’espère qu’ils ont passé un bon moment 😀 !

    Et il y avait ceux qui n’étaient pas là, mais un peu quand même. Stéphanie, Otto, Fabien P, Marianne, Sanrankune, M. Ravera parce qu’il faut bien quelqu’un pour garder les gosses à la maison.

    Je sais que c’est le bazar un peu partout, que l’avenir est incertain, qu’il n’y a pas beaucoup de raisons de se réjouir, alors quand un truc aussi chouette vous arrive, vous avez juste envie de prendre toute cette gentillesse et de vous lover dedans comme dans un cocon.

    Il parait qu’aujourd’hui, c’est la journée du bonheur.

    Ca tombe bien.

  • « La geste improvisée du chevalier Anowan » – Un point d’étape ?

    Dix mois se sont écoulés depuis la pose du point final, et j’ai vécu pendant ce laps de temps à la fois très court et très long, une succession de moments plus « déclencheurs de shoots de dopamine » les uns que les autres :

    • Le premier retour de bêta-lecture
    • La première réponse d’un éditeur
    • Autre réponse d’éditeur (négative mais qui fait bien plaisir quand même ^^)
    • La signature du contrat
    • La fin des corrections éditoriales
    • La finalisation de la couv’
    • Les pré-commandes
    • La réception des premiers exemplaires imprimés
    • Le placement en librairie
    • La joie des lecteurs qui reçoivent leur exemplaire dédicacé et le promènent dans différents endroits du globe
    • Le tout premier « vrai » retour sur le produit fini…
    Screenshot

    L’histoire ne s’arrête pas là, évidemment – il y a déjà la soirée « chips-cacahuètes » du 19 mars à Paris où je devrais retrouver rassemblées 4 décennies de contacts oO (avec lecture publique au menu ^^’).

    Il y a la suite – ce tome 2 déjà écrit qui attend ses corrections éditoriales et qui sera dans les bacs à la fin de l’année.

    Il y a ce recueil de nouvelles collectif programmé pour être publié sous forme de revue chez P&M en février 2027, qui accueillera ma contribution et peut-être la vôtre si vous participez à ce concours ?

    Et puis il y aura bien sûr ce que VOUS voudrez bien partager avec moi de votre lecture de La geste, de votre ressenti, de vos interrogations… Chaque critique, chaque chronique, sur n’importe quelle plateforme, rend plus tangible l’existence de ce livre et l’inscrit un peu plus dans la durée – surtout dans une époque où tout est volatile, s’oublie et disparaît…

    Je découvre aussi ce que signifie la promotion sur les RS en 2026, beaucoup moins innocente qu’il y a dix ou quinze ans (tout se passait à l’époque sur Facebook et Twitter, souvenez-vous!) Le bookstagram d’Instagram a ses propres codes et ses algos, on peut s’amuser à les décortiquer pour tâcher de les dompter et gagner en visibilité, cela peut-être amusant, mais ça peut aussi manger beaucoup de temps et d’énergie. Et générer de la frustration.

    Vive les blogs qui permettent de rédiger des articles de six pieds de long ! Et au moins, vous savez toujours où me trouver 😉

  • Ca parle de quoi, La geste improvisée du chevalier Anowan ? (Part III – la musique)

    Bon, j’avoue, il y a une petite entourloupe, LGICA ne parle pas vraiment de musique, même si la notion de geste (au féminin, vous avez noté ? non, ce n’est pas une faute qui serait passée au travers des 92 relectures subies par le texte) ramène bien au chant épique.

    Mais je voulais plutôt dans cet article évoquer l’influence de la musique sur l’écriture de mon roman. Et hop, ni vu ni connu, on va parler de processus créatif.

    Je suis une écrivaine du calme et du silence (et ce de plus en plus, l’âge venant). Pour que le flow s’installe, j’ai besoin de ne pas avoir de distra… oh ! une notif Whatsapp ! Bref, vous m’avez comprise. Et donc, je n’aime pas, d’ailleurs je ne peux pas, écrire en écoutant de la musique.

    En revanche: écouter de la musique quand je n’écris pas participe à plein au mécanisme de construction de mes histoires. LGICA en particulier a bénéficié de ces moments où quelques notes de musique et quelques paroles glanées par-ci par-là ont créé des images voire ont été à l’origine d’épisodes clés.

    Au moment où j’écris cet article, vous êtes à peu près 6,37 à avoir lu le roman, donc je ne vais pas entrer dans l’analyse détaillée du lien entre chacune des chansons qui va suivre et un chapitre précis du livre (je suis un poil moins nerdy qu’à l’époque de l’écriture de La tentation, vous noterez), y compris avec des grosses balises spoil, mais je vous laisserai le découvrir par vous-mêmes – après lecture 😉

    Toutes ces chansons ont en tout cas tourné en boucle pendant l’orchestration de mon récit (ma maisonnée en mode boule Quiès en est témoin) et je ne peux les entendre sans que des images mettant en scène mes personnages ne se déploient devant mes yeux (dessinées par le studio Fortiche, les images, si vous avez bien suivi, autant dire que ça déboîte).

    Si cette playlist hétéroclite au possible vous parle, il se pourrait que ce soit le cas aussi pour La geste improvisée du chevalier Anowan. (Mais on ne va pas se mentir, peut-être pas).

    En précommande ici: La geste improvisée du chevalier Anowan – préco

  • Ca parle de quoi, La geste improvisée du chevalier Anowan ? (Part II – la fantasy)

    Je suis entrée en fantasy par la grande porte du Seigneur des Anneaux. 3 gros tomes empruntés à la bibliothèque municipale d’Antony quand j’avais 16 ans et qui m’ont nourrie pendant que je me remettais d’une quadruple extraction de dents de sagesse (en mode hamster). J’ai vu les paysages de la Terre du Milieu défiler beaucoup plus vite que les pages, j’ai vécu les péripéties avec les personnages, découvert le bestiaire fantastique qui fait encore référence aujourd’hui et j’ai terminé la trilogie en ayant l’impression d’avoir fait partie de la Compagnie de l’anneau.

    Quelques années plus tard, j’ai lu la série de l’Assassin Royal, avec une vision beaucoup plus intimiste et un monde d’une richesse extraordinaire qui était parvenu à inventer quelque chose de complètement nouveau. Le lien de Fitz avec son loup m’a durablement marquée, le personnage du Fou a été une révélation et toute la série des Aventuriers de la mer avec Althéa aux commandes, une prolongation parfaite de cette immersion.

    Après, j’ai fait les choses dans le désordre, puisque j’ai découvert la fantasy complètement barrée de Catherine Dufour avec ses Dieux qui buvaient avant de tomber en amour devant Pratchett et son Disque-monde.

    Là, c’est vraiment l’écriture pleine d’humour, de jeux de mots et de trouvailles malines qui m’ont fait pousser des petits cris d’enthousiasme, et j’ai vu de nouvelles façons de faire du world building en s’appuyant sur des concepts existants, quitte à les détourner, voire les dynamiter. Dans le cas de C. Dufour, en profiter au passage pour glisser un message politique a été un ajout apprécié.

    Plus récemment, j’ai expérimenté la cozy fantasy toute douce avec Légendes et Lattes, même si on y était déjà un peu avec Pratchett. J’adore franchement le pitch : une guerrière orc qui se range des combats pour… ouvrir un café – dans un petit village peuplé de créatures telles que des ratkins, des elfes ou des succubes. C’est à lire au coin du feu avec un plaid sur les genoux, un chocolat chaud dans une main et un chat qui ronronne à ses pieds.

    Une dernière lecture de fantasy récente : L’ensorceleur des choses menues, de Régis Goddyn, moins délicate que ce que son nom laisse entendre, et qui m’a sortie de ma zone de confort en adoptant le point de vue d’un héros pas commun – un vieil ensorceleur aux petits pouvoirs qui se lance dans une quête aux côtés d’une jeune femme à la recherche de son amour perdu. C’est plein de surprises, avec une réappropriation de thèmes que l’on retrouve classiquement dans les romans « avec de la magie dedans ».


    Qu’est-ce que La geste improvisée du chevalier Anowan emprunte à des références aussi différentes ?

    Vous vous doutiez bien que vous n’obtiendriez pas de réponse ici 🙂

    En précommande : La geste improvisée du chevalier Anowan – Préco

  • Ca parle de quoi, La geste improvisée du chevalier Anowan ? (Part 1 – Arcane)

    Tss tss. Vous ne m’aurez pas comme ça. Je ne suis pas du genre à aller afficher les tropes de mon livre et à poster des extraits en mode teaser sur les RS. Sans doute parce qu’au mépris de toute stratégie marketing efficace (que Paul et Mike me pardonnent), je n’aime rien moins tant que de découvrir une oeuvre de manière « fortuite », et entrer dedans sans la moindre idée d’à quoi m’attendre.

    Mais j’ai quand même envie de vous parler de la Geste par la bande – et j’ai choisi de le faire à travers d’autres oeuvres qui m’ont influencée.

    Les plus perspicaces d’entre vous auront repéré le Part 1 qui accompagne le titre de cet article, ce qui laisse présager d’épisodes suivants – c’est parce que je me rends compte que j’ai plein de choses à raconter sur le sujet 🙂


    Commençons par l’oeuvre sans qui rien de tout cela ne serait arrivé. J’aurais pu intituler ce post: Que s’est-il passé en novembre 2024 ? tellement ce moment a été charnière dans ma vie (comme vous le verrez, je n’exagère même pas !)

    A cette époque, donc, je pensais être définitivement rangée de l’écriture. J’avais un début de roman qui stagnait à 5000 mots depuis… 2015, mon fameux projet de « roman de fantasy avec un téléphone portable dedans ». Il s’était pour moi enfoncé dans le puits des histoires perdues, même si j’avais une structure en tête et une fin vers laquelle je voulais tendre. Mais l’envie de le mener au bout avait disparu, sans que je ne comprenne réellement pourquoi. Et puis l’état du monde, le boulot, les gosses, étaient de bons arguments pour ne pas sortir de cette léthargie somme toute confortable bien qu’insatisfaisante.

    En parlant des gosses… Cela faisait un an que mon aîné, 15 ans au compteur, me tannait pour que je regarde avec lui sa série préférée: Arcane. Au moment de la sortie de la première saison sur Netflix, il l’avait littéralement dévorée et écoutait la bande-son en boucle (qu’est-ce que j’ai pu détester Imagine Dragons !).

    Pour ma part, j’avais regardé le premier épisode avec lui, trouvé l’animation originale et sympa, mais l’histoire m’avait semblé très classique et j’avais été globalement déçue. Je m’étais endormie pendant le visionnage du deuxième épisode (je souligne que juniorette ne faisait toujours pas ses nuits…) et je n’avais rien compris au troisième – j’avais décidé d’en rester là.

    Novembre 2024: sortie de la deuxième saison. Junior veut revoir la première histoire de se remettre le scénario en tête avant d’attaquer les épisodes inédits, et cette fois je l’accompagne en mode « plus réveillée ». Je ne m’endors plus pendant le deuxième épisode, je comprends le troisième… et je commence à me rendre compte que ce n’est pas du tout la narration classique à laquelle je m’attendais. Je trouve ça même carrément bon, avec un final qui, cette fois, me laisse agréablement surprise.

    A la fin du quatrième épisode, je réalise enfin que les trois premiers sont en réalité une longue introduction et que l’histoire commence réellement ici. Et je me prends une claque monumentale : l’animation est époustouflante, l’univers bien planté, les enjeux complexes, et les personnages d’une profondeur insoupçonnée. Pas de manichéisme, plein de dilemmes, et des arcs multiples qui donnent envie de savoir comment tout cela va évoluer (et side effect, Imagine Dragon ne me donne plus du tout de boutons ! Toute la bande-son devient canon quand elle s’avère capable de vous faire défiler des scènes épiques dans la tête).

    Episode cinq: et c’est le flash.

    Le même type d’épiphanie qui m’a fait écrire une saga en 9 tomes pendant 10 ans après une balade dans la forêt de Brno (pour ceux qui se souviennent de la genèse de la Tentation !). J’ai compris un truc clé sur mon personnage, reconnu ce qui lui manquait pour avoir une raison d’avancer vers le but que je lui avais fixé.

    J’ai réouvert mon fichier word dans la foulée et les mots ont recommencé à couler, au service de scènes que je visualisais à présent comme si elles avaient été dessinées par les incroyables frenchies du studio Fortiche (et je vous assure, ça tabasse !)

    Nous avons terminé le visionnage de toute la première saison et heureusement pour ma santé mentale, pu enchainer sur la deuxième (honnêtement, je ne sais pas comment il est possible de survivre au cliffhanger du dernier épisode de la saison I. Je comprends l’obsession du fiston).

    J’ai continué à apprendre des choses sur mon personnage, sur son caractère, ses réactions, en observant comment son alter-ego dans la série évoluait. Et cette période a été incroyablement stimulante, entre l’attente des nouveaux épisodes distillés trois par trois et dévorés dans la foulée, et l’écriture de mon roman.

    [Pour l’anecdote, c’est aussi le retour de cette envie d’écrire qui m’a fait lever le nez du guidon et réaliser que j’avais besoin de temps de cerveau disponible pour aller au bout de ce projet, ce qui ne pouvait se faire sans changer de boulot. Après 15 ans dans la même boîte, c’était un pari… qui a été remporté. Ce qui m’a permis de me retrouver dans les conditions idéales pour finir mon premier jet – plus de pensées parasites le soir en rentrant du taf.]

    La série Arcane n’est pas parfaite. Mais on peut l’aimer à la fois pour ou malgré ses défauts – ce qui est, finalement, assez en phase avec son propos. En plus d’être un monument de l’animation, elle est un modèle de narration à plus d’un titre :

    • le « show, don’t tell » : pas besoin de faire défiler un descriptif du monde et des enjeux qui le traversent au début de la série, tout se révèle au fur et à mesure en suivant les personnages et en découvrant leurs réactions et leurs interactions. C’est un peu plus exigeant parce que le travail n’est pas prémâché et qu’on peut passer à côté si on n’est pas attentif (cf moi dans ma période burnout post partum) mais c’est teeeeeellement plus satisfaisant ! Et immersif. (Le défi était de taille, la série étant basée sur le lore du jeu vidéo Leagues of Legends qui avait une existence à part entière – je n’y ai jamais joué et ça ne m’a en rien empêchée d’apprécier, rien que pour ce tour de force, bravo!)
    • le traitement des personnages : c’est si bien fait qu’ils prennent une existence propre, leur évolution est fidèle à leur caractère et à leur histoire, ils ne sont pas figés ni contraints par des stéréotypes de genre, et c’est pour ça qu’on s’attache à eux, parce qu’ils sont crédibles, même si leur univers et les pouvoirs qui y sont disponibles l’éloignent du nôtre. C’est cet attachement qui permet de créer de l’émotion.
    • le foreshadowing: c’est la technique qui consiste à donner par avance des indices sur ce qui va se passer par la suite. Ca peut être lourd quand c’est mal fait (« Il ne le savait pas encore, mais prendre le chemin de gauche plutôt que celui de droite allait causer sa perte… ») mais quand c’est assez subtil, ça donne juste envie de tout revoir depuis le début en s’extasiant sur les petits détails. Et cette technique-là est absolument maîtrisée par les scénaristes d’Arcane, au point que même les génériques peuvent être décortiqués frame par frame pour y repérer des clins d’oeil. Avec cet éclairage, les deux premiers épisodes que j’avais moins appréciés au départ prennent une saveur inédite au revisionnage – en réalité, ils sont parfaits.

    Ne vous y trompez pas, La geste n’a rien d’une fan fiction d’Arcane ! Mais elle lui doit beaucoup en tant que source d’inspiration concernant la narration, ainsi que quelques autres éléments. Et il y a un certain nombre d’easter eggs glissés à l’intérieur que les fans de la première heure reconnaîtront !

    C’est d’ailleurs le marqueur d’une grande oeuvre: sa capacité à inspirer d’autres créateurs. Il suffit de regarder le nombre de fanarts qui pullulent sur Insta, de fan fictions, et même d’analyses vidéos poussées pour comprendre l’ampleur du phénomène. J’ai envie de vous partager parmi ces dernières celles qui m’ont le plus marquée.

    WARNING: J’ai réussi à vous dire tout le bien que je pensais d’Arcane sans rien spoiler ^^ mais les vidéos que je mets en lien ci-dessous ne sont à regarder que si vous avez déjà vu la série pour vous éviter ce désagrément. Rendez-vous directement en bas de la page sinon ^^

    • Pourquoi une telle série qui a mobilisé une foultitude de créateurs talentueux ne devrait pas exister dans un monde capitaliste qui exige de la rentabilité
    • Une hypothèse sur la fin de le série que je trouve savoureuse (et à laquelle je choisis de croire!)
    • Une analyse inspirante sur la construction des personnages de la série, et pourquoi ils parviennent à nous toucher
    • Une vidée de DIX-NEUF MINUTES sur UNE SCENE de la série – ok, la meilleure à mon avis, tant elle est bien écrite, cela les vaut tout à fait ! (Les autres vidéos de Tilda Owen qui dissèque la série suivant le prisme de la relation entre Caitlyn et Vi méritent toutes d’être vues aussi !)

    … Et on peut passer des heures à explorer toutes ces ramifications pour voir les uns et les autres tâcher d’expliquer tel aspect du scénario ou tel comportement de personnage. C’est vertigineux et je n’ose imaginer la fierté que doit provoquer chez les créateurs de la série cette « appropriation ».


    Voilà décortiquée l’une de mes influences, ou plutôt, ce qui a été la source de changements majeurs dans ma vie 😉

    Et pour découvrir les « Arcane vibes » de mon roman… il suffit de le lire 🙂

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  • A quoi va ressembler la couv’ de ton prochain bouquin ?

    Suite à un sondage réalisé sur un échantillon représentatif de deux personnes et demi dans un rayon de vingt mètres autour de moi, j’ai établi que sa couverture intervenait pour 67,38% dans la décision de s’intéresser plus avant à un livre. Surtout quand il s’agit d’un premier (dans mon cas, techniquement, puisque publié sous un nom différent de celui utilisé pour mes écrits précédents). Autant dire que le bidule a intérêt à être soigné pour multiplier les chances de voir des vrais doigts de vrais gens venir se saisir de l’objet (un fantasme tactile d’auteur, jugez-nous si vous voulez).

    J’ai donc eu envie d’une réalisation originale pour ma couverture, et pas simplement d’une image issue d’une banque, aussi décidai-je en accord avec mon éditeur de puiser dans mon vivier de connaissances pour venir mettre des pixels sur l’enveloppe de mon roman.

    Les magnifiques couvertures des 9 tomes de La tentation de la pseudo-réciproque ont été réalisées par Sam Drakulls, un geekzone buddy qui s’est depuis reconverti en ambulancier (aucun lien de cause à effet a priori) et j’ai eu la chance que Sanrankune accepte d’illustrer mon rekoeil de nouvelles il y a 9 ans de ça. Le gars étant non seulement talentueux mais aussi très sympa, c’est naturellement vers lui que je me suis tournée (du côté gauche, parce que les convictions, c’est important) pour ce nouveau job.

    Je vais donc vous partager le making-off de la couv de ce roman de fantasy avec un téléphone portable dedans, qui est aussi un roman sur l’écriture d’un roman de fantasy.

    Après un premier brief, le concept de la couv ressemblait à ça.

    Une fois passé du côté numérique de la force, le concept a donné ceci. Mais je n’étais pas complètement satisfaite par la disposition alors on a essayé quelque chose d’un peu différent.

    Bon, mieux, mais ce grand écran noir en plein milieu, je trouvais ça angoissant. Alors on a encore revu la composition en ajoutant quelques éléments.

    L’idée au départ était de faire un contraste, avec juste une partie en couleur et le reste de la scène en N&B. Mais si l’idée était sympa sur le papier, au final, je me suis dit qu’avec des couleurs partout, ce serait mieux.

    Ah oui! Là ça commençait à ressembler à un truc sympa, avec plein de petites références à des éléments du bouquin. Il ne restait plus qu’à terminer la mise en couleur, revoir deux ou trois points pour mieux coller au contenu, et on a obtenu…

    Attention, roulement de tambours…

    Voilà voilà… Oui, la première idée ne faisait pas du tout couverture de livre, en fait, donc reset total, et vous avez droit en même temps que le cover reveal au title reveal (alors que si j’avais fait une école de marketing 3.0, j’aurais bien fait attention à scinder ces informations dans deux posts différents, histoire de maximiser l’accaparation de votre attention, flûte, trop tard, la boulette…). Le titre du roman, ainsi que l’auront remarqué ceux d’entre vous qui ont passé avec succès le cap du CP, sera donc:

    Premier tome de la série Les gestes malhabiles.

    Oui, ce n’est pas une couverture classique pour un roman de fantasy… Mais il ne s’agit pas non plus d’un roman de fantasy classique !

    La suite… ce sera en mars 2026 ! (Si l’univers ne nous a pas avalés avant.)


    Avec Sanrankune, nous avons quand même finalisé la pseudo-couverture originale, qui a déjà servi d’affiche à l’occasion d’un marché de Noël. Je la trouve très cool aussi.

    (Et merci à lui pour sa patience ^^).

  • « C’est qui, Paul&Mike, au fait ? »

    M’a demandé ma voisine qui, sorti de Flam Marion et de Gal Limard, ne connaît pas grand monde dans celui de l’édition.

    Pour lui répondre, j’ai posé quelques questions à P&M dont je partage ici les réponses afin que vous puissiez faire un peu mieux connaissance avec la maison qui publiera ma prochaine série.

    Comment sont nées les Editions Paul&Mike ?

    Elles sont nées en 2011 dans l’esprit de deux journalistes qui éditaient initialement des écrits polémiques (d’où le magnifique jeu de mots qui nous sert de marque). Mais, s’ils avaient l’esprit polémique, ils avaient moins la fibre commerciale et l’entreprise faisait faillite lorsque Fabien P. et moi-même (Fabien M.) sommes venus la sauver en 2014, tels des super-héros de l’édition.

    Quels sont vos rôles respectifs au sein de la maison ?

    En fait, nous sommes 3 associés. Fabien P. s’occupe principalement de la sélection des manuscrits et de la direction éditoriale. Je (Fabien M.) m’occupe de l’administratif, des relations libraires, des partenariats, enfin bref de tous les trucs relous et le troisième (Jean-Luc), c’est difficile à dire. Faudra que je lui demande un jour, tiens.

    Qu’est-ce qui est le plus galère à vivre quand on est éditeur ?

    L’équilibre entre l’art et la survie. 

    C’est quoi les plus gros kifs quand on est éditeur ?

    Tomber sur un manuscrit vraiment original (autant te dire que ce kiff est assez rare).

    Non, en vrai, le plus gros kif, c’est quand ton compte en banque est encore positif à la fin du mois !

    Quelle est la ligne éditoriale de la maison ?

    Ah la vache, elle est dure cette question. Notre seule ligne est d’éditer ce qui nous plaît et on est assez difficile. Si l’on devait vraiment trouver un point en commun à nos livres, disons qu’on aime bien ce qui est légèrement décentré. On aime bien faire des pas de côté. Nos ouvrages ont donc cela en commun de ne pas donner à lire ce que l’on serait en mesure d’attendre normalement.

    C’est quoi la recette pour se faire éditer chez P&M ?

    Etre différent. Avoir une voix originale et identifiable. Tout éditeur te dira ça, mais chez nous, c’est vrai !

    C’est quoi la définition d’un auteur / d’une autrice à succès chez P&M ?

    C’est celui qui est édité par une autre maison. J’imagine que là on insère un émoticône LOL. Pour répondre à la question plus sérieusement, un succès pour nous, c’est quand un auteur dépasse son électorat « naturel » [NDLR: c’est bien connu, P&M ne publie que des Elus ;-)]. Par exemple, un auteur de polar qui arrive à vendre à des non amateurs de polar. Dans ce cas, on sait qu’on rentabilisera sans problème le livre et qu’il se vendra suffisamment pour continuer à éditer.

    Des conseils à donner à un auteur / une autrice qui cherche à se faire publier ?

    Par pitié, faites relire vos bouquins (plusieurs fois) avant de les envoyer. Et ensuite, lisez les livres des maisons d’édition à qui vous envoyez un manuscrit. J’hallucine tous les jours de recevoir des recueils de poésie alors que nous ne faisons pas de poésie. C’est un manque de respect total.

    Est-ce que tu as des interactions particulièrement wtf avec des auteurs qui te viennent en tête ?

    J’en ai trop ! D’une manière générale, quand je demande à un auteur ce qu’il lit et qu’il me dit qu’il lit peu, je comprends qu’il n’est pas vraiment auteur. Ce qui me fascine aussi, ce sont les auteurs qui t’écrivent en te disant qu’avec leur livre, tu vas faire « un coup marketing ». Ils n’ont pas compris que Paul&Mike sont des artisans. On ne fait pas des « coups », on publie des livres avec passion et application. Cela prend du temps, c’est souvent ingrat et, parfois, à de rares moments, nous sommes traversés par la joie du travail bien fait et reconnu.

    C’est pas un boulot facile, éditeur, et ce qui transparait dans ces lignes fait aussi écho à une série d’articles publiés récemment sur le site Actualitté, en mode « feuilleton auto-biographique »: OnlyFanes… ou la vie d’éditrice, quand t’as plus un radis . C’est douloureusement bien écrit.

    Je souhaite pour ma part la vie la plus longue possible aux éditions Paul&Mike [Insérez ici un emoticone qui sourit en croisant les doigts de pied].

    Lien vers le catalogue.

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