Auteur/autrice : Erika Valery

  • Tu as fais quoi pendant tes vacances d’été ?

    Pour la neuvième année consécutive, maintenant, du vélo.

    Au départ, ça paraissait assez audacieux pour les piètres sportifs que nous étions de partir pendant une semaine avec juste des sacs accrochés à nos cycles et de parcourir entre trente et quarante kilomètres par jour pour dormir chaque nuit dans un nouveau lieu.

    Et puis électrification des dits cycles aidant, ça l’a fait, même quand il a fallu ajouter une carriole à notre équipage il y a 6 ans pour transporter juniorette – et le supplément de bagages qui en a découlé !

    On a ainsi visité les châteaux de la Loire, Dinan, Saint-Malo, l’Auvergne, et même les Pays-Bas de cette façon.

    Cette année, on l’a joué locale, avec le pays de Redon.

    Pédaler est pour moi une bonne façon de rejoindre le “flow”…

    Sachez donc que l’avenir de l’Eindhomein s’est décidé en parcourant ces routes 🙂

  • [Résultat concours] Où sont cachés les isteurègues du site ?

    Alors je vous laisse le plaisir de la découverte de leurs emplacements 🙂 mais ils sont à ce jour au nombre de 7, dissimulés dans autant de pieds de page différents de ce site:

    • Albator – tête de mort, qui est aussi le totem de Sanrankune. Ici utilisé à la batman par mon illustrateur-à -la-rescousse
    • Un petit animal aux grands yeux et aux longues oreilles – le chapin (vous en saurez plus sur lui dans le cycle II des Gestes malhabiles !)
    • Un roman – mais oui, il s’agit bien de La geste !
    • Un portrait dont peu d’entre vous ont trouvé le modèle: William Shakespeare!
    • Une tasse comportant l’image d’une créature dont on entendra parler dans le tome II de La geste
    • Un smartphone – celles et ceux qui ont lu savent pourquoi !
    • Un écran, parce que tout passe par là.

    Un grand bravo au vainqueur du concours de rapidité (un dragon sur Insta, ça ne s’invente pas ^^) – elle a été la première à me donner la liste des éléments avec une description précise!

    Pour le tirage au sort, une main innocente a sorti le papier du chapeau: et c’est un membre du forum Geekzone qui remporte le prix!

    Les gagnant(e)s ont été prévenu(e)s !

    Et rendez-vous très bientôt, ici ou ailleurs, pour de nouvelles aventures…

  • Ca fait quoi, de travailler avec une « petite » maison d’édition ?

    Pour celles et ceux qui suivent mon parcours depuis plusieurs années, vous savez que mon premier pied dans le monde de l’édition a été posé du côté indé, avec La tentation de la pseudo-réciproque (7+1+1 tomes d’une saga scientifico-humoristico policière au titre abscons mais qui sonne bien). Ce qui n’était pas un choix au départ (42 soumissions, 42 refus ^^’) l’est devenu par la suite puisque la série a rencontré son public et qu’elle continue, quinze ans plus tard, à être téléchargée1 – et lue.

    Pourquoi, dans ce cas, passer par un éditeur pour Les gestes malhabiles, si j’étais satisfaite de cette expérience?

    Pour plein de raisons.

    1. Le travail du texte

    Les 9 tomes de La tentation ont subi une succession de relectures implacables et je sais que j’ai eu beaucoup de chance de tomber sur des relecteurs et relectrices bénévoles qui ont contribué à les expurger de nombreuses scories. Mais je voulais connaître l’expérience d’un accompagnement pro sur un texte, qui n’hésiterait pas à remettre en cause certains choix narratifs, et pas seulement corriger la grammaire et l’orthographe. Grâce à Fabien P., j’ai été servie ^^.

    2. Une certaine forme de reconnaissance

    On va pas se mentir, même si on a déjà connu la joie d’être apprécié par des lecteurs appartenant à un cercle plus large que la famille et les proches, ça rend un peu fier que des professionnels de l’édition qui ont déjà vu des centaines de manuscrits défiler devant leurs yeux s’intéressent à ce que vous avez créé. Ca met un petit coup de canif dans votre syndrome de l’imposteur, et ça alimente l’envie de continuer à raconter des histoires.

    3. Des portes qui s'(entre)ouvrent

    Celles des librairies et des salons sont restées fermées tant que j’ai été en autoédition (et au vu de la production déjà pléthorique des éditeurs, je comprends sans problème pourquoi). Un nombre important de lecteurs mettent aussi l’existence d’une procédure d’édition classique comme prérequis à la lecture d’un texte – les risques sont tout de même moindres de tomber sur « n’importe quoi ».

    L’édition ne garantit pas la présence d’un roman en librairie, en salon et chez, soudainement, des milliers de lecteurs, mais ça rend tout de même ces étapes plus accessibles.

    La geste est évidemment commandable dans n’importe quelle librairie physique ou en ligne, mais voici à date celles où vous trouverez des exemplaires physiques en stock:

    4. Un accompagnement

    Oui, c’est chouette de ne pas se retrouver seul avec son texte, mais de pouvoir échanger avec une équipe quand on a une question, des interrogations, des doutes, et envie de partager les bonnes comme les mauvaises nouvelles. C’est rassurant d’avoir des relais qui nous soutiennent (ne serait-ce qu’en likant nos publis ^^). Et puis le sentiment d’appartenir à une communauté d’auteurs compte aussi.

    On apprend, (j’avais pourtant juré que jamais je ne créerais de compte Insta…) et on grandit.

    Ok, mais pourquoi une petite maison indé qui n’est pas spécialisée en fantasy , alors?

    1. Parce qu’elle a dit oui, et vite

    Chaque année, les maisons d’édition françaises reçoivent des milliers, voire des dizaines de milliers de manuscrits. Je n’ai pas trouvé de statistiques détaillées, mais les estimations parlent de moins de 1% de ces manuscrits qui seraient publiés (et certains disent que c’est déjà trop!). Bref, je connais la valeur d’un « oui » – et aussi d’un contrat qui promet une publication en moins d’un an.

    Paul&Mike est une petite maison d’édition mais elle est à compte d’éditeur, elle a un distributeur, elle existe depuis quinze ans, elle a une réputation de sérieux et j’aime les livres qu’elle publie.

    Alors certes, ce n’est pas une maison spécialisée en fantasy ni en séries, mais en textes qui font « un pas de côté », ce pas qui est justement fait dans La geste et qui a rendu d’autres éditeurs frileux.

    On a, ensemble, décidé de relever le défi de faire rencontrer ces romans à son public.

    2. Parce que cela permet de garder une certaine forme d’indépendance

    On ne se refait pas: j’aime participer à tout ce qui se monte autour du livre, de la conception de la couv à la promo. Je sais que je n’aurais pas eu cette liberté dans une plus grande maison.

    3. Parce que j’ai envie que mes livres s’inscrivent sur la durée

    Quelle que soit la taille de la maison d’édition, les livres n’ont que quelques semaines en librairie pour se faire une place durable. Si le livre n’a pas rencontré son public en trois mois, il disparaît facilement, non seulement des étals mais aussi du plan de promotion des grandes maisons qui le remplacent par le dernier venu au catalogue. Chez P&M, je sais qu’on me laisse du temps, et que le fonctionnement en impression à la demande permet d’éviter le coût du stock et du pilon. À un moment où les structures indépendantes sont fragiles, ce paramètre est important.

    Ok, qu’est-ce qui reste à faire, alors, pour que La geste soit plus connue?

    Plein de choses 🙂

    • Proposer à vos librairies de commander un exemplaire pour voir si le livre pourrait intéresser leur lectorat habituel
    • Idem pour les médiathèques – ces lieux formidables de vie et de partage
    • Laisser des commentaires (argumentés, c’est top!) sur les sites spécialisés: Babelio, Booknode, Livraddict, Sens critique…
    • Si vous êtes bookstagrameur et que vous souhaitez un Service Presse pour vous faire votre propre idée, me contacter!
    • Si vous travaillez pour les Studios Fortiche et que vous cherchez la prochaine histoire à adapter en série diffusée sur Netflix, vous pouvez me contacter aussi 🙂

    Il paraît que tout seul, on va plus vite, et qu’ensemble, on va plus loin. Je ne suis pas pressée, ça tombe bien 😀

    1. Premier tome dispo gratuitement ici: Amazon ou ici Kobo ↩︎

  • Team building: t’en penses quoi?

    Je ne fais pas ici référence à « cet ensemble d’activités ludiques, sportives, culturelles ou créatives organisées hors du cadre de travail habituel pour souder un groupe de collaborateurs » (selon la définition de France Travail) mais du livre de Katia Lanero Zamora, aux éditions Nagori (ActuSF) qui m’a été offert par une amie libraire qui commence à bien connaître mes goûts 🙂

    Le livre, lui, parle bien d’une « activité ludique… groupe de collaborateurs », et si moi, je vous en parle , c’est parce que je l’ai beaucoup aimé.

    On découvre tout d’abord nos protagonistes à travers un organigramme où chacun est représenté par la fonction qu’il occupe au sein de l’entreprise Zénage, spécialisée en vente de produits ménagers. Et l’évolution de cet organigramme est un fil rouge indispensable et très bien vu qui va venir ponctuer le déroulé du récit.

    De quoi s’agit-il donc? D’un groupe de collègues (les vôtres, les miens, pour peu que vous travailliez en équipe dans le tertiaire) qui se retrouvent dans une activité censée resserrer leurs liens. Mais l’ »activité » va se révéler un tantinet plus originale qu’un atelier de pyrogravure ou la confection d’un tiramisu géant, puisqu’elle implique la métamorphose de notre fine équipe en un ensemble de créatures fantastiques projetées dans un univers de fantasy où elles doivent s’unir afin d’accomplir une Quête.

    Nul besoin, cependant, pour mener à bien cette dernière, de trois pavés impliquant un world building de fou: 120 pages suffisent à nous faire connaître (et vibrer pour) cette petite compagnie dont les membres viennent à nous à travers une succession de flashbacks révélateurs de leurs secrets et mensonges. C’est pour moi toute la force de cette novella: rendre « vrai » chacun de ces coéquipiers en utilisant un mélange de background se référant à leur passé et d’actions vécues au présent avec leurs avatars, projections fantasmatiques qui dévoilent paradoxalement ce qu’ils sont en réalité.

    C’est très bien construit, servi par une écriture efficace, avec son lot de surprises qui le rend particulièrement satisfaisant.

    (Et si vous aimez ce livre, vous pourriez aimer Le temple des nèfles avec lequel il partage une certaine vibe. Et vice versa !)

  • C’est quoi cette histoire de tome 3 de La geste ?

    Oui, ça commence à faire beaucoup, pour ce qui n’était au départ qu’un one-shot…

    Revoyons la scène au ralenti.

    J’ai écrit initialement un roman de 150k caractères, soit environ 600 pages : La geste malhabile du chevalier Anowan. En signant avec Paul & Mike, nous avons décidé de le découper en deux tomes, à cause de l’état catastrophique du monde (qui a un impact direct sur le prix du papier).

    Le tome 1 La geste improvisée du chevalier Anowan est donc sorti en mars et le tome 2 sortira en décembre pour venir clore le premier cycle des Gestes malhabiles.

    Les corrections éditoriales sont en cours (coucou Fabien P).

    La couverture est prête et validée (coucou Sanrankune).

    Et je vous en spoile le dernier mot : Fin.

    Bon alors c’est quoi ce tome 3 qui a poppé dans mes posts instas ?

    Tout simplement le premier tome d’une nouvelle duologie dans le même univers, où nous allons suivre un autre personnage.

    J’ai commencé à l’écrire il y a exactement un an. Et j’en ai terminé le premier jet-relu-par-moi-même aujourd’hui (à une heure du matin).

    C’est pour moi le meilleur moment du processus. Celui où j’éprouve :

    • La satisfaction qui résulte du sentiment d’être arrivé au terme d’une tâche qui n’allait pas de soi.
    • La fierté du créateur.
    • La joie au bout de l’effort.

    C’est là qu’à mes yeux le roman a le plus de valeur. Avant les bêta-lecteurs. Avant l’éditeur. Avant les chroniqueurs.

    Dans un monde où l’IA est en train de nous voler ce que nous avons de plus précieux – notre capacité à nous émerveiller de nous-mêmes – je profite encore un peu de cette histoire qui n’existe que dans ma tête. Des lieux, des événements, des personnages ; des rires, des larmes et les sentiments qui vont avec. Même si à aucun moment je n’ai eu l’impression de les avoir inventés, mais simplement découverts et revêtus de mots, ils ne m’appartiennent pour l’instant qu’à moi.

    Je ne sais pas combien vous êtes à ce jour à avoir parcouru l’Eindhomein aux côtés d’Anowan et sa compagnie, à avoir senti des odeurs de cerglier grillé et le parfum entêtant des fleurs de scolophendre; à avoir imaginé à quoi ressemblent Edward, Juliet, Hamlet, Romeo…

    Sachez que je trouve toujours ça aussi fou d’avoir été utilisée comme vecteur pour qu’ils prennent finalement vie chez vous.

  • Le site web des Gestes malhabiles – le making-of

    Il y a de cela presque 15 ans, j’avais plongé la tête la première dans WordPress pour doter La tentation de la pseudo-réciproque d’un site web digne de ce nom – un passage assez obligé en autoédition.

    J’avais consulté pas mal de tutos sur Youtube, scanné des pages entières de conseils sur le web, acheté des bouquins pour les Nuls, téléchargé moult extensions (dont la moitié allaient faire bugger le site) et surtout, j’avais harcelé mon cher et tendre, développeur de son état, pour qu’il me sorte du pétrin trouze mille fois par jour. Mon illustrateur Samuel Colasse m’avait fourni une chouette bannière, et au final, au bout de plusieurs semaines d’arrachage de cheveux de taf, on était arrivés à ça: https://kylieravera.fr/

    En 2026, nous sommes entrés dans une nouvelle ère. WordPress est passé en mode bloc, le « s » de https est devenu obligatoire et Mr Valery a d’autres chats à fouetter en rentrant du boulot le soir que de s’occuper du site web de Mme Valery (il faut bien quelqu’un pour gérer la maison, les gosses, le jardin et donc, les chats, pendant que j’écris – je t’aime mon chéri).

    Je me suis donc retroussé les manches, j’ai cliqué à droite à gauche en mode je sais parfaitement ce que je fais, WordPress et moi on a fini par être potes il y a quinze ans, c’est un peu comme des retrouvailles, tout va bien se passer.

    Que nenni.

    En quinze ans, mon pote avait trop changé, il avait grandi, évolué, était par certains aspects devenu plus abordable mais par d’autres carrément cryptique. On ne se comprenait plus (enfin lui, je ne sais pas, il n’a jamais été super loquace, c’est le problème des relations à sens unique).

    Aucune Intelligence humaine n’étant disponible dans mon entourage, j’ai donc demandé à une intelligence artificielle (que nous appellerons Chatoupété pour préserver son anonymat) de m’aider.

    Au bout de quelques échanges, il a compris que j’étais une quiche et a décidé de prendre les choses en main.

    Voici ce qu’il m’a dit:

    Je ne sais pas pourquoi, je l’ai imaginé prononcer ces mots avec un accent italien.

    Ca m’a rappelé quand je vais chez le coiffeur pour demander ma coupe au carré avec un léger dégradé et que ça s’enflamme un peu de l’autre côté.

    Curieuse, j’ai dit: chiche, zyva, montres-moi.

    Et il m’a montré ça.

    J’avoue, j’ai dégluti un peu fort. Au point que ça a résonné dans la maison.

    A part le fait que Chatoupété mé-genrait Anowan, sa proposition faisait de l’effet.

    Il s’est même fendu d’une analyse:

    Certes, Chatounet, mon coiffeur n’aurait pas mieux dit.

    Assez séduite, je dois l’avouer, j’ai poursuivi la discussion en répondant à quelques questions supplémentaires. Et puis, au détour d’un conseil sur la meilleure façon de customiser une CSS, les choses sont devenues… cheloues.

    OK, me dis-je in petto, c’est toujours moi, la cheffe, ou bien ?

    Alors j’ai contacté mon ami Sanrankune et je lui ai montré la propale du concurrent.

    Il a lui aussi commencé par déglutir très fort, une goutte de sueur a même roulé le long de son cou, mais on a fini par se dire qu’on allait être meilleurs ensemble que Chatoupété qui, quand on regarde en détail, est quand même très fort pour faire de l’à-peu-près (impossible de lui faire changer un texte ou de garder une cohérence avec des objets déjà présents par exemple). On a gardé des idées de disposition, des textures, des éléments, mais le tout a ensuite été retravaillé par Sanrank pour arriver au bandeau d’en-tête et au pied de page que vous avez sous les yeux.

    Je reconnais que Chatou a ensuite été bien utile pour me guider dans le méandre des menus WordPress, surtout quand il a fallu résoudre un bug qui m’empêchait d’accéder aux modèles de pages (sachez que le plugin Inline spoiler n’est pas compatible avec WordPress 7.0.2, cette bêtise m’a tout de même coûté deux heures).

    Au final, on arrive en deux semaines à un site moins ambitieux que celui « halluciné » par une IA, mais je trouve qu’il est efficace et qu’il fait le job.

    On a chacun fait le nôtre, en vérité.

    J’espère maintenant que vous prendrez plaisir à vous y balader!

  • Comment s’est passé le premier contact avec ton éditeur ?

    Comment s’est passé le premier contact avec ton éditeur ?

    J’avais déjà eu l’occasion de raconter la genèse de mon aventure éditoriale dans cet article mais avec l’accord de mon interlocuteur chez Paul&Mike, Fabien P., je vous partage, à l’occasion de leur premier anniversaire, les échanges e-pistolaires qui ont conduit à l’édition de La geste improvisée du chevalier Anowan.

    (Ca me semble à la fois hyper loin et super proche, c’est un peu quantique, cette histoire, quand même…)


    Le 2025-06-14 17:53, Kylie Ravera a écrit :

    Bonjour,

    (Ça se fait, un reply sur un mail qui date d’il y a douze ans, en mode « hey, on reprend où on en était restés, d’accord ? » ? On va supposer que oui). Donc ça aura pris tout ce temps :

    • de terminer une saga-fleuve en 7+1+1 tomes, qui vit depuis dix ans sa petite vie en autoédition (« la Tentation de la pseudo-réciproque », si ça peut vous rappeler vaguement quelque chose)
    • de commettre un recueil de nouvelles illustrées (par un vrai dessinateur de talent) également auto-publié
    • de finir par contribuer à l’AGESSA en écrivant 6 nouvelles à caractère mathématico-énigmatique par an pour le magazine Tangente
    • d’imaginer et écrire un nouveau roman, un one-shot celui-là, qui n’a rien à voir avec les choucroutes précédentes.

    C’est ce dernier, vous l’aurez compris, qui m’amène à faire irruption dans votre boîte mail. De quoi s’agit-il, cette fois ? Plusieurs réponses possibles.

    • En moins de dix mots : un roman de fantasy avec un téléphone portable dedans.
    • En un peu plus de dix mots : un roman sur l’écriture d’un roman de fantasy et qui serait aussi un roman de fantasy avec un téléphone portable dedans.
    • En moins cryptique : un roman qui se déguise en roman de fantasy pour aborder des sujets plombants au possible, comme le féminisme, la religion, le capitalisme (avec un point de vue de gôche, si jamais vous aviez des doutes à ce sujet) et ce que signifie l’écriture -non mais vous avez vraiment cru que j’allais spoiler lol-.
    • En mode teasing de ouf (j’ai à présent un ado de 15 ans à la maison, le vocabulaire s’en ressent) : un roman dont le tout dernier chapitre est censé donner envie de tout relire depuis le début en se disant « mais comment ai-je pu ne pas m’en apercevoir plus tôt ! ».

    Dans l’attente (angoissante, il y a des choses qui ne changent pas) de votre retour concernant sa compatibilité avec votre ligne éditoriale,

    Amicalement (malgré tout),

    Erika Valery aka Kylie Ravera

    Voilà, ça c’était mon mail d’intro, en réponse à un message reçu 13 ans plus tôt, par un représentant de Paul&Mike qui disait ceci concernant le premier tome de La tentation de la pseudo-réciproque :

    Bonjour Mademoiselle,

    Nous avons bien reçu votre manuscrit qui a été lu avec une grande attention.

    Après une étude attentive, nous ne pouvons le retenir car celui-ci n’a pas remporté l’adhésion des membres de notre comité de lecture. En effet, nous publions très peu et il nous a semblé que la qualité d’écriture n’était pas au rendez-vous, ajouté au fait que votre humour n’a pas fait l’unanimité. A noter aussi que je ne suis pas sûr que de laisser les notes de révision de vos relectrices soit du meilleur effet.

    Un point positif, nous avons souri à votre courriel de présentation (tout n’est pas perdu). Nous restons cependant ouverts pour la lecture de nouveaux textes que vous voudrez bien soumettre à notre comité de lecture.

    Nous vous prions de croire en l’expression de nos sincères salutations.

    Bon, j’avais failli décéder de honte en constatant que j’avais envoyé la mauvaise version de mon manuscrit (celle avec des notes de correction de ma BL, donc…) et couiné en lisant le commentaire concernant ma qualité d’écriture (l’humour, oui, je sais, c’est pas le truc au monde le mieux partagé…).

    Mais 12 ans plus tard, à l’autre bout du fil, l’interlocuteur chez P&M avait changé et il m’a assez promptement (moins de deux heures plus tard…) répondu ceci:


    Le 2025-06-14 19:19, Fabien Pesty a écrit :

    Bonjour,

    Monsieur ——– ne fait plus partie de P&M depuis de nombreuses années, il a été remplacé par Fabien Pesty (qui n’est pas le Fabien de Jean-Fabien, lequel s’appelle Muller, ce qui n’est pas un nom de gôche, mais c’est une personne charmante tout de même, n’eût été le fait qu’il portât un prénom tartignole).

    Fabien Pesty (pas Muller, vous suivez ?) tient à vous remercier pour votre mail. La pièce jointe n’a pas encore été ouverte, mais vous avez au moins eu le talent de donner envie de le faire sans hésiter ! Ce qui est bien trop rare.

    Merci donc pour ce message. Au pire, si votre manuscrit ne vaut pas un pet de lapin, je suis tout disposé à publier ce mail.

    Je vous donne RDV dans douze ans pour une réponse négative invoquant une sombre histoire de ligne éditoriale, comme s’il y avait une ligne éditoriale chez P&M…

    Cordialement (malgré tout),

    Fabien Pesty aka Esteban Pyef

    Là, je me suis dit qu’il y avait moyen qu’on soit sur la même longueur d’onde…

    Alors j’ai répondu ceci:

    Le 2025-06-15 01:27, Kylie Ravera a écrit :

    Hola Esteban !

    Mes messages aux éditeurs sont réputés pour leur excellence. C’est à l’étape suivante que ça se corse. Quand j’aurai écrit suffisamment de livres et récolté assez de refus pour compiler ces piquants échanges dans un recueil à 92 mains, le Goncourt, j’en suis convaincue, me tendra les bras. (Je le refuserai, bien entendu, la compromission avec des traditions bourgeoises et élitistes, très peu pour moi). (On est de gôche, oui, ou merde ?)  

    Ravie, en tout cas, d’avoir atteint cette étape où seul un clic nous sépare d’une histoire possible entre vous et moi.

    Amicalement (toujours),

    Kylie / Erika

    C’était un peu osé. Vous vous rappelez, mon point sur l’humour pas partagé, tout ça…

    Mais j’ai tout de même eu une réponse dans la foulée.

    Le 2025-06-15 06:34, Fabien Pesty a écrit :

    En voilà une idée, de compiler des lettres de refus, échanges, expériences avec le monde de l’édition, pour en faire un livre qui se voudra être « un véritable pied de nez au microcosme littéraire » (20 minutes) et « une dénonciation acerbe de l’absurdité d’un monde en constante déliquescence » (Télé Z), quoiqu’on lui reprochera probablement « l’absence de toute recette du flan. Un silence suspect, tendant à renforcer l’idée que ce sujet reste un tabou majeur dans les sphères germanopratines… » (Flan Mag) !

    Ce point d’exclamation final est à rapprocher de la première partie de la phrase si l’on veut mieux en appréhender le cynisme car, je vous l’assure, c’est une idée de merde. Sauf dans le cas où vous souhaiteriez que votre aigreur de n’avoir jamais été éditée soit connue du plus grand nombre. Là oui, bingo !

    Reprenez-vous immédiatement, c’est un conseil. 

    Tout ceci étant clairement dit, je vais m’atteler à l’étape suivant le clic préalable à l’ouverture de la pièce jointe : la lecture de celle-ci. 

    Vous n’avez pas intérêt à me décevoir.

    Bastien Pyfe

    On y était. ENFIN. Un éditeur allait se pencher sur mon texte. Je misais sur le fait d’avoir une réponse dans l’année et j’étais partie me balader en vélo quand soudain…

    Le 2025-06-15 11:07, Fabien Pesty a écrit :

    J’ai avancé dans la lecture de votre manuscrit de 398 PUTAINS DE PAGES !!

    Où en êtes-vous de vos recherches d’éditeur pour ce roman ? Les premières pages donnent envie d’aller au bout, c’est incontestable. Pour l’instant je ne vois pas de « mais » à l’horizon, pas même ce truc hypocrite de la ligne éditoriale. J’aimerais le lire d’une traite pour vous donner une réponse rapide, qui semble bien partie pour être positive, mais la période n’est pas propice pour moi au d’une-traite. Sachant que si je le valide, il devra ensuite passer entre les mains du terrible Herr Muller pour décision finale, cela risque de prendre un mois voire plus. 

    Aussi, est-ce que vous pourriez nous faire savoir si jamais il devait trouver preneur chez un autre éditeur plus prestigieux et/ou plus désiré et/ou plus rapide ? Car à moins d’un cataclysme qui rendrait totalement pourries les 380 pages suivant les 20 premières, il a de très fortes chances de trouver une proposition d’édition (à compte d’éditeur).

    Et je suppose que dans votre bibliothèque on doit trouver du Pratchett et du Jaworski ?

    Fabien P.

    A ce moment-là, ma montre connectée a dû croire que j’avais d’un coup décidé de me mettre à courir un marathon, et mon mari que je faisais un AVC. J’étais pas prête, mon coeur non plus. J’ai tout de même réussi à écrire ceci:

    Le 2025-06-15 13:54, Kylie Ravera a écrit :

    Mille poutrelles, je m’étais préparée à attendre douze ans pour avoir ce genre d’échange…

    Pour répondre à votre première question, je suis au niveau 1 de la recherche d’un éditeur. C’est à dire que mon roman n’a encore été lu en entier que par une bêta-lectrice (il croupit également sur la table de chevet de Mr Ravera mais on va dire que ça ne compte pas, il est encore plus éloigné que moi du milieu de l’édition).

    Je ne l’ai envoyé qu’à vous pour le moment – juste une question de feeling, et parce que Paul&Mike est la seule maison à l’origine d’un échange un poil constructif concernant mon projet précédent. 

    Tout autre envoi que je pourrais faire se déroulerait dans le cadre d’un processus standard – et je n’espère pas ne serait-ce qu’un début de commencement de réponse avant des mois (on vient de battre une sorte de record, tous les deux, là, non?)

    Tout ça pour dire que je n’ai aucun moyen de pression pour vous presser davantage concernant l’obtention d’une réponse définitive. 

    J’ai commencé à repérer quelques maisons d’édition qui pourraient accompagner mon roman et je suis en train de lire les petites lignes sur les contraintes de formatage des manuscrits à leur envoyer. Leur prestige m’importe moins que leur capacité à défendre une histoire, et que le lien que je pourrai tisser avec mes interlocuteurs (naïveté ou réalisme, on verra).

    Donc advienne que pourra!

    Erika V.

    PS. Vous avez raison pour Pratchett, à moitié pour Jaworski (qui est bien dans ma bib mais du côté de la pile à lire pour le moment)

    PPS. Si vous m’obtenez une adaptation en série animée par le studio Fortiche sur Netflix, je signe tout de suite

    Après ça, Monsieur Pesty m’a mis le nez dedans, comme on dit dans le jargon, en m’envoyant la liste des répétitions à traquer dans le texte (ça m’a valu une nuit blanche et la certitude que j’écrivais comme un pied bot) et des retours précieux, comme:

    Le manuscrit est trop long, et c’est pas un problème de pages. Trop de temps morts, un déséquilibre flagrant entre les parties « Anowan » et les parties Erik. Du 50/50 au tout début, puis Erik (enfin, ses narrations) finit par devenir presque anecdotique. Encore une fois, à voir ce que ça donne jusqu’au bout, mais pour l’instant j’ai une sensation de promesse non tenue. 

    Et puis il y a eu cette phrase:

    Quel que soit l’avenir du manuscrit chez P&M, j’aime beaucoup ce que je lis, j’apprécie nos échanges, et j’essaierai d’être le plus utile possible pour que ce manuscrit v95.docx devienne un livre édité à compte d’éditeur.

    J’ai botté en touche en parlant de météo (souvenez-vous, à l’époque, la canicule commençait à 30° seulement ) mais… pour la première fois, après des années de syndrome de l’imposteur solidement ancré suite à de multiples refus de mes textes par l’ensemble du corps éditorial, je me suis dit qu’il y avait une chance pour que, peut-être…

    Et finalement, le verdict est tombé le 8 juillet 2025 à 14h07 (c’était un mardi).

    Donc le bilan de cette lecture, puisque tu l’attends avec impatience.

    On ne publiera pas ce manuscrit. On publiera sa version allégée.

    Allégée en nombre de pages, pour des raisons bassement matérielles : 830000 signes, on approche du pavé, et seules les grosses maisons d’édition peuvent se le permettre. Parce que 830000 signes, ça donne un bouquin de près de 600 pages et que pour un premier roman, édité chez un éditeur pas trop connu, c’est trop pour les libraires et les journalistes (parlons plutôt d’instagrammeurs aujourd’hui).

    Pour des raisons moins terre à terre, parce qu’il y a beaucoup de “temps morts”. Tu l’as dit toi-même dans ton mail d’accompagnement, c’est un roman dont la fin donne envie de tout relire depuis le début sous un éclairage nouveau. Mais personne ne le fera, car d’une part il faut arriver à la fin, et d’autre part on ne justifie pas 380 pages par les cinq dernières. Ce n’est pas le cas, hein ! Je veux juste dire que ces temps morts que je développerai plus loin, ils ne deviennent pas vivants une fois qu’on est arrivé à la fin. 

    Tu as un talent de fou, c’est incontestable. Une écriture précise et efficace, on sent le travail et le retravail derrière tout ça. Tu racontes une histoire qui tient vraiment la route, avec en plus ———————-. Je l’avais dit ce WE, et je le maintiens : tu dois être publiée, et à compte d’éditeur, et ce serait une vraie fierté pour nous que ce soit chez P&M. Tu as écrit un vrai roman. Mais il est n’est pas publiable en l’espèce parce qu’il va se prendre des claques.

    Qu’est-ce que j’ai pu gamberger sur ce retour… Mais c’est finalement lui qui est à l’origine de la confiance que j’ai eue en un éditeur qui était prêt non pas simplement à corriger mes fautes d’accord et à pointer mes répétitions, mais aussi à m’accompagner vers l’éclosion de la meilleure version de mon manuscrit, expurgé de ces « temps morts qui ne redeviennent jamais vivants » – dût-il être découpé en deux tomes.

    Le 19 septembre, soit 3 mois après mon premier mail, je signais le fameux contrat avec Paul&Mike.

    Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, peut-être une guerre thermonucléaire totale, mais je suis infiniment reconnaissante à la vie (et à Fabien Pesty) de m’avoir permis de tenir en main une version aboutie du tome I de La geste – le tome II étant en train de se faire secouer avec la même sévérité pour être présent dans les bacs à la fin de l’année.

    (Et si ces quelques extraits de la prose de Fabien vous ont donné envie d’en consommer davantage, je vous recommande avec conviction son dernier recueil de nouvelles, Discordance des temps).

  • Qu’est-ce que ça fait d’être exposant à son premier salon littéraire ?

    Ça fait rencontrer des gens.

    J’étais ce dimanche 31 mai, lendemain de la victoire du PSG sur Arsenal en ligue des champions (aucun rapport avec ce qui va suivre, rassurez-vous, je pose ça là comme une balise temporelle) au Salon du livre de Montargis, pour ma première séance de dédicace en salon.

    Et, donc, j’ai rencontré des gens.

    Des lecteurs qui ne sont au départ que potentiels, et dont on essaye d’abord de capter le regard quand ils s’aventurent à proximité de votre stand, avec un bonjour délivré sur un ton capable de les faire lever les yeux, et, peut-être, d’initier un échange de sourire avec eux.

    Ensuite, une question d’accroche est nécessaire, celle qui permettra de jauger si ce premier sourire peut mener à une discussion à propos du livre – c’est là que tout se joue.

    Il faut comprendre en quelques secondes à qui on a affaire: un timide, une curieuse, un qui-passait-par-là-mais-ne-lit-pas, une qui-passait-par-là-mais-ne-lit-pas-de-fantasy-dommage, un qui veut parler de lui, une qui veut parler de ce qu’elle écrit, un amateur exclusif d’essais sur l’art gothique ou une fan venue juste pour vous afin de décrocher une dédicace qu’elle chérira toute sa vie comme son bien le plus précieux (ce dernier cas, me concernant, ne s’étant pas encore produit). Et à partir de là, on adapte le pitch : roman de fantasy, mais pas vraiment, avec de l’aventure et des complots, du métatextuel qui conviendra très bien à une prof de français, des bouts de JDR pour adepte de D&D, des morceaux de romance, ça a plu à ma belle-mère, ma lectrice la plus âgée a quatre-vingt-cinq ans, c’est lisible à partir de quinze.

    Alors même si j’ai sans doute gagné des points de compétence en analyse psychologique de mon prochain, ce n’est pas une science exacte – j’ai plus d’une fois raté ma cible. Mais c’est en pitchant qu’on devient pitcheur, et pour peu qu’on aime échanger avec des gens, c’est un exercice qui s’avère très plaisant.

    Evidemment, « l’expérience-salon » est très différente pour ces auteurs/autrices à la fanbase bien établie – qui doivent surtout gérer les compliments.

    Ainsi, à ma droite, il y avait Georgia Caldera, autrice spécialisée en new romance, dont le stand n’a quasiment pas désempli, et qui m’a permis d’être témoin de véritables déclarations d’amour de la part de lectrices (le féminin ici est réellement illustratif) que le genre a ancré dans la lecture.

    À ma gauche, encore une autrice au lectorat solide, Laurie Heyme, et une très sympathique rencontre de ce salon – j’ai beaucoup appris en l’écoutant et en observant sa façon d’aller vers les autres, d’engager intelligemment la conversation, de répondre avec chaleur et de prendre l’émotion qui lui était offerte en retour.

    Un peu plus loin, il y avait H. Lenoir, Reine de l’Ouest mais pas seulement, j’espère avoir réussi à noter dans un coin de ma tête tous ses conseils – j’ai eu l’impression à un moment que la moitié des visiteurs du salon se baladaient avec un de ses livres à la main. (Je kiffe son t-shirt, on aura l’occasion d’en reparler ^^).

    Après une quinzaine de pitchs, je suis repartie avec cinq exemplaires de La geste en moins et l’espoir qu’ils seront lus, puis qu’ils donneront envie à leurs lecteurs d’en offrir à tous leurs potes avant d’enchainer en décembre sur le tome 2!       

    (Quelques photos illustratives pour terminer.)

    Et en bonus: une nouvelle qui aurait pu être inspirée par cette expérience si elle n’avait pas été écrite avant ^_^: Un pas plus loin.

  • C’est qui, la « Reine de l’Ouest » ?

    Si vous avez comme moi passé quelques heures dans la section librairie d’un supermarché en attendant que vos darons/daronnes aient fini de remplir leur caddy de rouleaux de sopalin et de petits pois congelés, et ce, vers la fin des années 80, vous avez forcément fini par feuilleter ces objets livresques qui proclamaient fièrement que VOUS en étiez les héros.

    Défis fantastiques, Loup solitaire, Sortilèges, Quêtes du Graal (mon chouchou, avec Pip, Excalibur et le paragraphe 14 !)… Leurs couvertures bigarrées qui ne ressemblaient à aucune autre étaient déjà la promesse d’une aventure que VOUS alliez vivre, armé d’un dé dont les jets allaient dicter le niveau de vos compétences (Endurance, Force, Habilité et Chance pour les plus classiques) et le résultat de combats épiques contre des adversaires aussi divers qu’un sorcier dans une montagne de feu, un farfadet ou un Koatiti. Combats que vous finissiez par remporter systématiquement sans plus vous donner la peine de lancer les dés, parce que le but restait tout de même d’arriver au bout du récit et qu’on n’est pas masos non plus.

    Ce qui est une transition que l’on pourra qualifier à postériori d’habile, vers le sujet de ce post.

    Reine de l’Ouest, par H. Lenoir, est donc un livre dont vous êtes le héros. Plus précisément l’héroïne, et rappelez-vous à cette occasion que les VOUS des opus précédemment cités étaient à 98,9% masculins – bon, ça ne m’a pas dérangée plus que ça, tellement j’avais l’habitude de faire abstraction de ce point. Mais c’est tout de même sacrément rafraîchissant de tomber enfin sur une oeuvre de ce type qui s’adresse (en les vouvoyant) à des femmes1.

    Un livre dont vous êtes l’héroïne, mais sans dé, sans hasard, sans compétences à développer puisqu’ici, on se concentre directement sur l’essentiel sans qu’il ne soit nécessaire de tricher; seul compte le récit que vous allez reconstituer au gré de vos choix concernant les aventures rocambolesques de Miss Jones, « jeune fille de bonne famille, curieuse et large d’esprit », partie à la conquête du Grand Ouest Américain dans les années 1890.

    Rocambolesque: c’est mignon, mais en vérité, pour éviter les fausses routes, appelons une chatte minette; c’est sexy, spicy, épicé, explicite et donne à explorer la carte de la relation à l’autre, quel que soit son genre et le tiroir où il ou elle range ses fantasmes. Et: c’est super bien fait.

    Parce que l’autrice est toujours tendre avec ses personnages, et que le consentement est invariablement la pierre angulaire de chacune de ces relations. C’est la clé pour qu’il n’y ait jamais de malaise et qu’on puisse aller en toute confiance explorer les 22 (22!) fins que propose le roman. Vous le ferez, à n’en pas douter, pour goûter le plus longtemps possible une plume fine et, cerise sur le gâteau, terriblement drôle.

    C’est ce mix détonnant, je crois, qui fait de Reine de l’Ouest un safe place où on a envie de revenir, de la première fin que l’on découvre (moi ça a été avec

    les frères Callaghan. Oui, les deux.)

    à la dernière, quand on sera définitivement devenue copine avec cette amoureuse de la vie qu’est Miss Jones.

    Un dernier point pour préciser que l’objet livre est très bien conçu – la couverture est superbe, la tranche ne bouge pas malgré les nombreuses manipulations et on se retrouve facilement dans les paragraphes grâce à une double numérotation2.

    Merci à H. Lenoir et à Sarbacane pour ce coup de chaud (oui, cette chronique a été rédigée pendant une canicule…) et ce voyage en terrain forcément inconnu qui permet d’explorer, à coup de « et si », la palette de nos désirs inconscients.

    1. Et si tu es un mec, je te recommande fortement de lire, tu vas apprendre des trucs qui pourront te servir… ↩︎
    2. N’oubliez pas de lire la page de remerciements, je l’ai ratée jusqu’à la rédaction de cette chronique, les fins étant par définition dispersées dans le roman… ↩︎

  • C’est comment, « Un roman à succès sur papier recyclé » ?

    C’est nul.

    Photo non contractuelle réalisée sans Intelligence (artificielle ou non)

    Je pourrais arrêter là cette chronique dont le contenu est déjà plus riche que celui du livre en question, mais la Bulgarie a remporté l’Eurovision, alors je vais me dévouer pour développer ce propos.

    Déjà, il y a tromperie sur la marchandise, et ce pour plusieurs raisons.

    • Il ne s’agit pas d’une autobiographie de Vianney, et ce n’est qu’après avoir tourné bien trop de pages que le lecteur appâté s’en rend compte – trop tard pour les 7€ dépensés et assignés au budget « Tourne tourne dans ma tête » sur mon compte BNP-Paribas1.
    • Contrairement à ce qu’affirme Madame Laura Felpin, la meilleure page n’est pas la 117 mais la 195 (sans doute parce qu’elle a le bon goût de ne pas exister). Note: j’ai d’ailleurs dû googler Laura Felpin pour savoir qui était cette dame à l’avis aussi péremptoire, je la remets vaguement, j’ai dû la voir dans une série quelconque… Bref.
    • Ce n’est pas Jenny Letellier qui a écrit la préface qui lui est attribuée, mais Victor Hugo – faites vos propres recherches, il y a des indices pour qui sait lire entre les lignes (je me comprends).
    • Contrairement à ce que son titre affirme, ce roman n’a pas du tout été /balise_spoiler_on imprimé sur papier recyclé /balise_spoiler_off et malgré l’aveu qui en est fait à la toute dernière page, l’écologiste engagée en moi (en tout bien tout honneur) a déposé plainte auprès de la DGCCRF – numéro de dossier AK47 – parce que c’est en commençant à faire n’importe quoi qu’on finit par faire n’importe quoi.
    • Plus grave: les meilleures parties de cette prose sont rédigées sous formes de notes éparses en taille de police 7, et il n’est nullement spécifié que cette version poche n’est pas adaptée aux presbytes non munis de lunettes adéquates. Bravo l’inclusivité, on est en 2026, je rappelle.
    • Plus grave encore: sous couvert de la relation d’une innocente bluette (mais nous y reviendrons plus tard), ce livre est en réalité un brûlot politique qui donne la parole en préface à un certain Philippe Poutou dont les positions dangereuses et pour le moins controversées concernant les Grands Qui Nous Gouvernent Et Dont Nous Dépendons sont largement connues et documentées (à moins qu’il ne s’agisse d’un homonyme, auquel cas, je retire mon propos).

    Nous sommes à présent plus tard – soit le bon moment pour parler du fond qu’une coïncidence cocasse nous fait toucher ici même (que le lecteur me pardonne ce bon mot pas terrible).

    L’intrigue tient sur un papier de cigarette fumée puis ramassée par un clodo et refumée: \balise_spoiler_on un homme attend une femme \balise_spoiler_off.

    Mais n’est pas Beckett qui veut, et au mépris de toute inspiration, contrairement à Godot2, \balise_spoiler_on la femme finit par arriver \balise_spoiler_off.

    Alors j’entends. Le nihilisme et l’absurdité comme quintessence de notre époque au passé troublé et à l’avenir incertain érigés comme clé de voûte d’une narration faussement audacieuse qui contiendrait en elle les racines du pêcher originel, la connaissance étant symbolisée par le filet de tennis qui gratte la raie des fesses, même si ce détail anatomique, sans doute pour des raisons de classification tout public, n’est pas mentionné, n’est pas inintéressant. Mais le tout se perd dans des considérations oiseuses de mâle lambda en mode « comment je vais la pécho ». 2026, je vous rappelle. Tout ceci était déjà navrant en 1992.

    La malaisance atteint son comble quand le livre évite de parler des vrais sujets qui auraient éventuellement pu mériter tout cet encre et ce papier, comme la présence anonyme de Jérémie Crépul à Mouais le 24 mars 2023 à minuit quarante-sept, là où bizarrement, le lendemain, il ne s’est rien passé.

    Aussi, il y a une faute d’orthographe en page 179.

    Pour conclure, je précise que je n’irai pas voir l’adaptation au cinéma d’Un roman par Quentin Dupieux avec Kristen Stewart dans le rôle titre- celui de la \balise_spoiler_on planche à voile \balise_spoiler_off.

    Pour finir de conclure, je dirais que je vous conseille d’acheter ce roman pour contribuer au cycle du livre. Vous n’êtes pas obligé de le lire3.

    Pour finir de finir de conclure, j’ai dressé un tableau comparatif entre mon roman paru aux éditions Paul&Mike et Un roman paru aux éditions J’ai lu (et oui, nous n’avons pas la même valeur), comparatif basé sur des faits objectifs et vérifiables, afin que vous puissiez vous faire votre propre idée sur qui, en réalité, méritait de remporter le concours de l’Eurovision cette année.

    La geste improvisée du chevalier AnowanUn roman à succès sur papier recyclé
    Durée de lecture6 heures10 minutes
    Durée de l’intriguePlusieurs mois10 secondes
    Prix / page utile7 cts20 cts
    Nombre de préfaces015,54
    Nombre de préfaces par des gens un peu connus035
    GenreFantasyNon
    CarteRoadmap1
    1. Sponsor officiel de cette critique, voir conditions en pièce jointe, sans obligation d’achat ↩︎
    2. Ah, merde, je crois que j’ai spoilé Godot… ↩︎
    3. En vrai, c’est vachement drôle, lisez-le, vraiment ↩︎
    4. J’ai tergiversé et finalement accordé 0,5 points à la préface de Monsieur Alain Badillet ↩︎
    5. Allez-y, battez-vous ↩︎